Le système de soins en France : un outil performant, mais malmené

, par  Vincent Portois

Depuis des décennies, de nombreux pays envient notre système de soins. Au début des années 2000, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) l’a même présenté comme le plus « performant en termes de dispensation et d’organisation des soins de santé ». Cela dit, et malgré une volonté certaine de modernisation, il continue d’être chahuté par les politiques d’austérité découlant de la crise mondiale.

Aux Etats-Unis, la réforme du système d’assurance santé, l’Obamacare, est récente. Tandis que, de l’autre côté de l’Atlantique, on expérimente encore pour optimiser cette nouvelle offre de soins, chez nous la Sécurité sociale fête ses 70 ans, avec en toile de fond le fameux « trou », qui malheureusement continue de se creuser, engendrant des bouleversements dans l’accès aux soins. Interrogés lors d’un sondage* réalisé par Ipsos pour la Fédération hospitalière de France (FHF), 49 % des Français considèrent que l’on ne peut plus faire d’économies importantes sans mettre en danger la qualité des soins. Il est par ailleurs difficile de prôner « la santé pour tous ». Des études confirment notamment que l’absence de couverture d’une complémentaire reste le principal facteur de renoncement aux soins pour raisons financières**. Notre système de soins doit faire face à des économies inévitables – qui se traduisent par 8 000 postes supprimés à l’échelle nationale et une réduction des frais de gestion – et à toujours plus de dysfonctionnements, notamment une pénurie dans l’approvisionnement de médicaments indispensables – en raison de la pratique du contingentement, qui fait polémique. Et l’on pourrait dresser un tableau plus noir encore***.

La stratégie nationale de santé

Malgré tout, notre système de soins vit une ère de progrès, comme l’illustrent la télémédecine ou la chirurgie ambulatoire, qui comptent parmi les objectifs de la ministre de la Santé, Marisol Touraine, depuis sa nomination en 2012. Le bilan 2015 montre aussi que les structures d’exercice coordonnées se développent à un bon rythme sur le territoire, à l’exemple des maisons de santé pluriprofessionnelles, passées de 174 en 2012 à 600 en 2014. Quant au Pacte territoire santé, dont l’objectif est de lutter contre la désertification médicale et les inégalités entre les territoires, il a passé un cap. Les contrats d’engagement de service public (CESP) ont favorisé près de 1 000 versements de bourse aux futurs professionnels de la santé pendant leurs études. L’accord national signé le 8 juillet par les dix organisations gestionnaires des centres de santé et l’Assurance maladie va par ailleurs rénover et renforcer le cadre d’intervention des centres, garants de l’accès aux soins, même pour les plus démunis.
La généralisation du tiers payant constitue un autre point décisif de la modernisation du système de soins. Quant à la complémentaire santé pour tous, et surtout pour les retraités (promesses de François Hollande), les différents acteurs de la complémentaire souhaitent une vraie « concertation » avant le passage de la loi, afin d’éviter de tomber dans un carcan trop complexe. Ils sont aussi dans l’attente du rapport gouvernemental relatif à l’ensemble des aides fiscales et sociales qui seront alors octroyées. Même chose pour le projet de loi sur l’adaptation de la société au vieillissement, entre aides et revalorisation d’allocations. Une Grande Conférence de santé, en février 2016 elle aussi, réunira enfin tous les acteurs du système de soins en France.
Certains points de la loi de santé demeurent fortement décriés, par les médecins notamment. La nécessaire réforme avance donc avec intelligence et prudence. Objectif : trouver un réel consensus entre les professionnels et la population, afin de perfectionner l’accès aux soins pour tous et de simplifier le parcours de santé. Et ce à l’unisson.

* Sondage Ipsos réalisé en avril 2015.
** « Renoncement aux soins pour raisons financières », Dossiers solidarité et santé, n° 66, Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (Dress), juillet 2015.
*** Quand l’austérité tue. Epidémies, dépressions, suicides : l’économie inhumaine, de David Stuckler et Sanjay Basu. Editions Autrement (272 pages, 21 euros).

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