La France mauvaise élève en matière d’éducation à la sexualité

, par  Isabelle Coston

Un rapport du Haut Conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes (HCE) épingle les manques de l’Education nationale concernant les cours d’éducation à la sexualité.

En matière de sexualité, les jeunes s’en remettent à Internet pour trouver des informations, constate le Haut Conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes (HCE) dans un rapport publié mi-juin. La présidente de cette instance consultative, Danielle Bousquet, militante féministe et ancienne députée socialiste, dénonce la « frilosité » des pouvoirs publics et les « contre-signaux » envoyés par le gouvernement, qui promettait pourtant de faire de l’éducation à la sexualité l’une de ses priorités.

Des promesses non tenues

La loi du 4 juillet 2001 relative à l’interruption volontaire de grossesse et à la contraception stipulait déjà que des séances d’« information et une éducation à la sexualité [devaient être] dispensées dans les écoles, les collèges et les lycées à raison d’au moins trois séances annuelles » , afin de contribuer à « l’apprentissage du respect dû au corps humain ». Celle du 13 avril 2016 visant à renforcer la lutte contre la prostitution ajoutait que ces séances avaient pour but de présenter « une vision égalitaire des relations entre hommes et femmes ». Les promesses du président de la République, François Hollande, qui rappelait volontiers en début de mandat que les stéréotypes commençaient dès l’école et qui affichait sa volonté de faire tomber les tabous pour réduire les inégalités femmes-hommes, n’ont hélas pas été tenues. Le HCE constate en effet que, parmi les 3 000 établissements sondés en 2014-2015, un quart n’ont mis en place aucune action ou séance d’éducation à la sexualité. Pourtant, « compte tenu des enjeux posés en matière de citoyenneté, d’égalité femmes-hommes et de santé, il est de la responsabilité des pouvoirs publics de répondre à tous les jeunes par des informations objectives, sans jugement ni stéréotype, et, lorsqu’elles ou ils en expriment le besoin, de leur apporter l’accompagnement nécessaire », écrivent les auteurs du rapport dans leur synthèse.

Les jeunes filles premières victimes

« Pour obtenir des réponses aux questions qu’ils se posent, les jeunes se tournent vers Internet et notamment les réseaux sociaux, les médias (radios jeunes, magazines féminins…) », avec le risque de « recourir à des sources erronées, normatives voire contraires à l’égalité femmes-hommes », met en garde le HCE. Celui-ci souligne la persistance de nombreuses inégalités dans une société où « les jeunes hommes sont valorisés selon une norme de virilité » alors que « les jeunes femmes subissent la double injonction de devoir se montrer désirables mais "respectables" », en précisant que « les relations amoureuses et sexuelles des filles sont particulièrement surveillées ». Le HCE alerte aussi sur le harcèlement sexiste, amplifié par l’utilisation des réseaux sociaux et qui touche « une lycéenne sur quatre ». De plus, « les jeunes, et en particulier les filles, méconnaissent leur corps, et le plaisir féminin reste tabou : 84 % des filles de 13 ans ne savent pas comment représenter leur sexe alors qu’elles sont 53 % à savoir représenter le sexe masculin, et une fille de 15 ans sur quatre ne sait pas qu’elle a un clitoris ». Les auteurs ajoutent que « la responsabilité de la prévention des grossesses non désirées et des maladies sexuellement transmissibles continue de peser principalement sur les filles et les femmes ».

Une meilleure formation des enseignants

Le rapport observe par ailleurs que, si « l’éducation à la sexualité en milieu scolaire demeure encore parcellaire, inégale selon les territoires car dépendante des bonnes volontés individuelles », cela s’explique notamment par le manque de formation des enseignants. Lorsqu’elle est dispensée en classe, l’éducation à la sexualité est la plupart du temps abordée sous l’angle scientifique, à travers les thèmes de la reproduction, de l’IVG et de la contraception ou encore du sida. La notion de respect est certes traitée, mais les questions de violences sexistes et sexuelles ou d’orientation sexuelle le sont rarement. Or, selon le HCE, une éducation à la sexualité de qualité se doit non seulement d’apporter aux jeunes des connaissances sur leur corps et sur celui du sexe opposé, mais aussi de prôner l’égalité entre les sexes et le respect de l’orientation sexuelle, fondements d’une vie sexuelle et affective épanouie pour les filles comme pour les garçons.

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