Cancer : les Français sous-estiment le coût des traitements

, par  Léa Vandeputte

Une enquête de l’Institut Curie révèle « un fossé immense entre la perception des Français et la réalité quant aux coûts des traitements et de la recherche en cancérologie ».

L’Observatoire cancer de l’Institut Curie a dévoilé, le 6 septembre, la cinquième édition de son enquête*, qui s’est focalisée sur le coût des traitements innovants et sur leur accessibilité. Les résultats montrent « un fossé immense entre la perception des Français et la réalité », alors même que 3 millions de personnes ont eu ou vivent avec un cancer. En 2015, 385 000 nouveaux cas ont été dénombrés. Le cancer reste la première cause de mortalité, avec 149 000 décès par an.

Des médicaments innovants très chers

Si les Français sont conscients que les traitements ne sont pas gratuits, ils méconnaissent en revanche leurs coûts. Ainsi, 67 % des personnes interrogées sous-estiment le prix d’une chimiothérapie pour une patiente atteinte d’un cancer du sein, et elles sont 24 % à penser qu’elle coûte moins de 500 euros. En réalité, ce type de traitement s’élève entre 5 200 et 31 200 euros selon la molécule utilisée. De même, seuls 9 % des Français évaluent correctement le prix d’un essai clinique (de 10 000 à 25 000 euros). Pour un traitement innovant de type immunothérapie, 96 % estiment, une fois encore, un prix inférieur à la réalité, qui se situe entre 80 000 et 116 000 euros. La thérapie ciblée affiche, quant à elle, un coût moyen de 50 000 euros par an et par patient, soit cinq à dix fois plus qu’une chimiothérapie classique. Toutes ces innovations, bien que prometteuses pour les patients, ont un impact non négligeable sur les tarifs : « Les anticancéreux ont déjà vu leur prix doubler en dix ans et les projections prévoient entre 6 et 8 % de croissance par an », précise l’Institut Curie.

L’accès aux soins menacé

Le coût annuel de la prise en charge des cancers pour le système de santé représente 16,1 milliards d’euros, soit 10 % des dépenses de l’Assurance maladie, dont 3,2 milliards d’euros pour les médicaments anticancéreux. Le surcoût attendu lié aux nouveaux traitements est, selon l’Institut national du cancer (Inca), estimé de 1 à 1,2 milliard d’euros par an. Cette situation menace l’égalité d’accès aux soins. Or, « près de neuf Français sur dix se déclarent attachés au modèle social français (la gratuité des soins, le système des retraites, l’assurance chômage…), quelle que soit leur situation sociodémographique », note l’observatoire. Mais 42 % pensent que le système ne pourra pas garantir à l’avenir l’accès aux traitements innovants pour tous et, parmi eux, 75 % estiment que des prix trop élevés en sont la cause.

Le rôle de la prévention méconnu

Cependant, les personnes interrogées ignorent les actions menées par les pouvoirs publics. Par exemple, 61 % ne connaissent pas le Plan cancer. Plus surprenant, 44 % des Français ne font pas le lien entre la prévention et la limitation des coûts pour l’Assurance maladie. « Des résultats d’autant plus inattendus que l’Inca indique que 40 % des cancers pourraient être évités en changeant nos comportements quotidiens », assure l’institut. L’Inca a d’ailleurs lancé, le 5 septembre, une campagne d’affichage rappelant la responsabilité de l’alcool et de l’alimentation dans la survenue des cancers. L’objectif était « d’informer et d’inviter chacun à mieux connaître les gestes alimentaires quotidiens qui permettent de prévenir les cancers évitables ».

* Enquête réalisée en ligne par Viavoice, du 11 au 18 mai et du 4 au 10 juillet 2017 auprès d’un échantillon national représentatif de 1 001 personnes âgées de 18 ans et plus (selon la méthode des quotas).

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