L’UFC-Que Choisir dénonce l’aggravation de la fracture sanitaire

, par  Delphine Delarue

L’association de consommateurs vient de présenter un état des lieux très inquiétant de l’accès aux soins en France. Depuis 2012, les déserts médicaux progressent, les dépassements d’honoraires continuent d’augmenter, et dans les villes, il devient très difficile de trouver un spécialiste qui pratique les tarifs de la Sécurité sociale.

« L’aggravation de la fracture sanitaire est manifeste », estime l’UFC-Que Choisir dans son nouvel état des lieux sur l’accès aux soins en France. Rendue publique hier, cette étude met à jour, notamment sous la forme d’une carte interactive, des données récoltées une première fois il y a quatre ans. Et les chiffres sont alarmants : « Jusqu’au tiers des Français a aujourd’hui des difficultés d’accès géographique aux spécialités étudiées (pédiatres, gynécologues, ophtalmologues) et un quart aux médecins généralistes », indique l’association de consommateurs. Si l’on ne retient que les médecins de secteur 1 (ceux qui pratiquent les tarifs de la Sécurité sociale sans dépassements d’honoraires), « ce sont plus de 8 Français sur 10 qui manquent de gynécologues et d’ophtalmologistes […] à moins de 45 minutes de leur domicile ». D’une manière générale, l’offre au tarif opposable pour les trois spécialités étudiées s’est réduite depuis 2012 pour plus d’un Français sur deux. « Aujourd’hui, pour se soigner en France, mieux vaut avoir une mutuelle », estime Mathieu Escot, responsable d’études au sein de l’UFC-Que Choisir.

Une présence en demi-teinte des généralistes

Dans le détail, si les médecins généralistes sont encore bien répartis sur l’ensemble du territoire, certaines zones rurales et montagneuses (Massif central, Pyrénées, Alpes, Corse) « connaissent de réelles difficultés d’accès », indique l’étude. Au total, 23 % des Français peinent à trouver un généraliste à moins de 30 minutes de chez eux. Si l’on évalue uniquement l’accès aux médecins généralistes de secteur 1, c’est 30 % de la population qui connaît des difficultés d’accès.
La situation est encore plus alarmante du côté des spécialistes. Jusqu’à 21,1 millions de personnes, soit un tiers de la population, ont du mal à trouver un pédiatre à moins de 45 minutes de chez eux. « Des régions entières, notamment dans le centre et le sud-ouest de la France, sont en désert médical pour cette spécialité », précise l’UFC-Que Choisir. Parallèlement, 19,1 millions de personnes ont un accès restreint aux gynécologues et 17,7 millions aux ophtalmologistes. Les spécialistes ne pratiquant pas de dépassements d’honoraires sont encore plus difficiles à trouver : 45 % des usagers (28,5 millions de personnes) manquent de pédiatres au tarif de la Sécu, 82 % de gynécologues (51,9 millions) et 83 % d’ophtalmologistes (52,7 millions).

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Echec des mesures incitatives

Pour l’UFC-Que Choisir, les mesures prises par l’Etat pour encourager les installations de médecins en zones sous-dotées (aides supplémentaires, majorations d’honoraires) n’ont donc pas porté leurs fruits. « L’inefficacité, aujourd’hui criante, des politiques incitatives doit amener les pouvoirs publics à encadrer la liberté d’installation des médecins, pour améliorer leur répartition sur le territoire », estime l’association.
Autre élément expliquant la situation : l’augmentation continue des dépassements d’honoraires depuis 2012. Le tarif moyen de la consultation a progressé de 3,2 % (généralistes) à 8,8 % (pédiatres) ! Des chiffres qui, selon l’UFC-Que choisir, signent l’échec du contrat d’accès aux soins mis en place en 2013. Un échec très coûteux puisque « pour 59 millions d’euros de dépassements évités en 2014, il a coûté 470 millions d’euros en contreparties accordées aux médecins, soit 8 fois plus ». Une analyse toutefois démentie par l’Assurance maladie, selon laquelle « les résultats obtenus au cours des trois dernières années constituent une rupture incontestable par rapport à l’évolution observée sur une longue période ».

Conventionnement sélectif

Pour inverser la tendance, l’UFC-Que Choisir propose plusieurs mesures, parmi lesquelles : la fermeture pure et simple de l’accès de nouveaux médecins au secteur 2 (à honoraires libres) et un conventionnement sélectif qui ne permette plus aux médecins de s’installer en zones sous-dotées autrement qu’en secteur 1 (afin d’injecter de l’offre à tarif opposable dans ces territoires). De même, l’association propose que toute nouvelle installation en zone surabondante ne puisse se faire qu’en secteur 1.
Pas sûr que les médecins l’entendent de la même oreille. Le docteur Jean-Paul Ortiz, président de la Confédération des syndicats médicaux français (CMF) a dores et déjà qualifié ces mesures de « solutions caricaturales » et de « vraies fausses mesures qui appartiennent au passé ». Selon lui, seules des mesures « novatrices » telles que favoriser le regroupement, développer la télémédecine ou alléger les charges administratives permettront une meilleure attractivité de la médecine libérale.

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