Crise des Ehpad : le plan d’action mis à jour

, par  Vincent Portois

Un budget de 100 millions d’euros était déjà prévu pour les établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad). Il faut désormais ajouter 50 millions d’euros. Cette nouvelle main tendue de la ministre des Solidarités et de la Santé, Agnès Buzyn, s’inscrit dans le plan global d’accompagnement, fortement marqué par les grèves. D’ailleurs, le personnel soignant en annonce une nouvelle en réponse à l’appel des syndicats et de l’association des directeurs d’établissement.

La colère monte au sein du personnel des maisons de retraite médicalisées et des services d’aide à domicile. Le point d’orgue de cette fronde se matérialisera par une grande journée d’action, le 30 janvier. Parallèlement, une pétition, forte de plus de 300 000 signataires, réclament « la dignité des personnes âgées et le respect des soignants » en demandant plus de moyens. La tribune précédant la pétition et adressée à la ministre de la Santé porte le sceau des influents Sabrina Ali Benali, interne en médecine des hôpitaux de Paris, Christophe Prudhomme et Patrick Pelloux, tous deux médecins urgentistes. Les revendications de l’intersyndicale sont multiples, car les soignants ne peuvent plus, par exemple, « tolérer les dysfonctionnements de ces structures qui, faute de personnel et de présence médicale, n’ont d’autre choix que de transférer les résidents dans les services d’urgence, où ils patientent des heures sur des brancards dans des conditions indignes ». Un problème tout aussi présent dans les autres services du milieu hospitalier. En témoigne le récent hashtag #Balancetonhosto sur le réseau social Twitter, qui recense toutes les sortes de dysfonctionnements, et notamment les difficultés rencontrées dans les Ehpad, avec des aides soignantes affirmant ne pas pouvoir passer plus de dix minutes avec chaque résident le matin lors de la toilette. Ne pas pouvoir bien faire son travail peut bel et bien être à l’origine d’un burn out.

Soutien financier

Alors que le gouvernement promet pour le mois de février des annonces plus globales concernant les hôpitaux, Agnès Buzyn n’a pas attendu pour prouver son soutien aux Ehpad, en proposant de « mettre en place un modèle d’organisation pérenne pour garantir une offre de qualité sur l’ensemble du territoire et adaptée aux besoins des personnes âgées ». Après l’enveloppe votée dans la loi de financement de la Sécurité sociale fin 2017, son gouvernement a décidé de débloquer 50 millions d’euros supplémentaires et de les « donn[er] aux agences régionales de santé pour qu’elles puissent accompagner au cas par cas, en fonction des difficultés, les Ehpad qui souffrent aujourd’hui d’un manque de moyens. […] Nous leur demandons également de mettre en place des structures d’appui pour aider les Ehpad en difficulté à se réorganiser, pour voir comment ils peuvent coopérer entre eux parce que parfois c’est un problème d’isolement de petites structures ». Cette rallonge budgétaire « à la main » de ces agences fait donc partie d’un « plan global d’accompagnement, à la fois financier et technique », précise Agnès Buzyn sur RTL le 25 janvier. Afin de présenter des Ehpad fonctionnant — « Il faut arrêter l’Ehpad bashing ! » — et de mieux visualiser certaines situations critiques, la ministre et la Haute Autorité de santé vont mettre en place, d’ici à la fin 2018, « un protocole pour réaliser chaque année une enquête de satisfaction auprès des résidents », ajoute t-elle dans Le Parisien du 26 janvier.

Différences de points de vue

Agnès Buzyn demande aussi de la patience, assurant que « les améliorations » vont se faire petit à petit. Les premiers effets seront certes pour 2018 — « Les professionnels vont sentir la différence cette année »—, mais cette « réforme s’étale sur sept années et la très grande majorité des établissements auront, à terme, davantage de moyens ».
Cette réforme du financement des Ehpad, débutée en 2017, continue malgré tout de subir un large vent contestataire, tel celui de la Fédération hospitalière de France (FHF), qui pense notamment, par l’entremise de son président, Frédéric Valletoux, que « cette somme [de 50 millions] ne compensera pas le manque à gagner pour les établissements publics de 200 millions d’euros ». Même son de cloche chez les organisations syndicales, qui estiment que cette rallonge du budget est encore loin des besoins. Cela entraînerait « à peine 2 500 postes supplémentaires. […] On ne mendie pas ! ».
Ne pas détériorer les conditions de travail du personnel ni les conditions de vie des aidés, tel est le défi à relevé grâce à un plan d’action qui devra rapidement trouver un consensus pour éviter d’augmenter le nombre de grèves des Ehpad – plus d’une centaine rien qu’en 2017…

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