Electrosensibilité : en voie de reconnaissance

, par  Aliisa Waltari

Pour la première fois en France, un tribunal a accordé une allocation adulte handicapé à une femme souffrant d’hypersensibilité aux ondes électromagnétiques. Une décision inédite, qui pourrait bien faire jurisprudence, alors que cette affection n’est pas reconnue comme une véritable maladie dans notre pays et que la communauté scientifique reste divisée sur le sujet.

Depuis 2010, Marine Richard, 40 ans, ancienne journaliste et auteure, vit recluse dans les montagnes ariégeoises pour échapper aux ondes électromagnétiques qui, dit-elle, la font tant souffrir. Après des années de lutte, elle a obtenu, l’été dernier, le droit de toucher l’allocation adulte handicapé (AAH). Cette décision, rendue par le tribunal du contentieux de l’incapacité de Toulouse, est une grande première en France et pourrait bien faire jurisprudence. Elle a également permis de rouvrir le débat sur l’électrosensibilité, un sujet qui divise la communauté scientifique depuis plusieurs années. « Les revues de littérature scientifique dont on dispose ne mettent pas clairement en évidence de lien de cause à effet entre l’exposition aux champs électromagnétiques et les symptômes ressentis par ceux qui pensent y être sensibles », explique le professeur Gabrielle Scantamburlo, chef de l’unité de psycho-neuro-endocrinologie du centre hospitalier universitaire (CHU) de Liège et auteur d’un article sur la question publié cette année dans une revue médicale belge*. « Mais il est encore bien trop tôt pour affirmer catégoriquement qu’il n’y a pas de causalité, souligne-t-elle. Les études doivent se poursuivre, parce que ces symptômes existent et que des personnes souffrent. » Ces dernières seraient même des milliers à travers l’Europe : selon l’étude de J. Schröttner et N. Leitgeb réalisée en 2008, 1,5 % de la population en Suède, 3,5 % en Autriche et 9,5 % en Allemagne estime être concernée. Et pour la France, un rapport de l’Agence française de sécurité sanitaire de l’environnement et du travail** (Afsset) datant de 2009 parle d’une prévalence de 2 %.

Des symptômes non spécifiques

Les symptômes en question vont du simple mal de tête aux palpitations cardiaques, en passant par des nausées, des vomissements, des rougeurs cutanées ou encore des troubles de la mémoire, du sommeil et de la concentration. On imagine les répercussions dramatiques sur la vie quotidienne : la plupart des victimes s’isolent totalement, doivent faire face à l’incompréhension de leurs proches et, souvent, cesser de travailler. Cependant, pour de nombreux médecins, ces manifestations relèvent davantage de problèmes psychosomatiques que d’une exposition aux ondes émises par la téléphonie mobile, le wi-fi, les lignes à haute tension, les micro-ondes, la radio FM ou les objets électriques. Et comme les symptômes ne sont pas spécifiques, ils pourraient très bien être attribués à de nombreuses maladies autres.
Pourtant, dès 2005, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) reconnaît l’existence de cette affection, qu’elle qualifie d’hypersensibilité électromagnétique (HSEM). De même, dans un rapport de 2013, l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) admet l’idée que l’exposition aux ondes électromagnétiques puisse provoquer des modifications biologiques du corps humain. Même si elle conclut à une « absence d’effet sanitaire avéré chez l’homme », l’agence préconise, par principe de précaution, de limiter l’exposition de la population, en particulier les enfants, aux champs émis par la téléphonie mobile.

Recommandations pratiques

En attendant, faute de connaissances, la prise en charge des patients se révèle particulièrement compliquée pour les médecins. « Les symptômes ne sont pas clairement définis et ils varient considérablement d’un sujet à l’autre, indique le professeur Scantamburlo. Nous n’avons donc pas d’éléments spécifiques qui permettent de faire un diagnostic précis. » Une série de recommandations pratiques permet toutefois de soulager certaines personnes : réduire l’utilisation des appareils électriques, éloigner les lampes de chevet et les radios-réveils, éteindre son téléphone portable quand on ne s’en sert pas ou encore désactiver le wi-fi. « Nous conseillons aux patients d’effectuer un bilan général pour être bien sûrs que les symptômes ne sont pas dus à autre chose, précise Gabrielle Scantamburlo. Nous proposons aussi une évaluation psychologique approfondie dans laquelle on s’intéresse au niveau de stress environnemental vécu par le patient. » De son côté, l’Anses promet un nouveau rapport pour 2016. Espérons qu’il apporte enfin des réponses concrètes et des solutions pour tous ceux qui souffrent d’HSEM.

* « Champs électriques et magnétiques et santé : quel message au grand public ? », M. Ledent, V. Beauvois, I. Demaret, N. Ansseau, G. Scantamburlo, Revue médicale de Liège, 2015.
** Depuis 2010, Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses).

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