Des entretiens pharmaceutiques pour les patients sous anticoagulant

, par  Léa Vandeputte

Les patients sous traitement anticoagulant sont invités par l’Assurance maladie à un entretien avec leur pharmacien. Objectif : réduire les accidents liés au risque d’hémorragie.

Chaque année, les anticoagulants par antivitamine K (AVK) sont responsables de 17 300 hospitalisations et de près de 4 000 décès. Utilisés pour traiter diverses pathologies, ces médicaments empêchent la formation de caillots sanguins, mais peuvent, s’ils sont mal dosés, provoquer des hémorragies. Ils nécessitent donc des précautions particulières. C’est la raison pour laquelle, depuis le mois de juin 2013, les patients qui suivent depuis plus de six mois un traitement anticoagulant, par exemple Préviscan, Coumadine ou Sintrom, sont invités par l’Assurance maladie à prendre rendez-vous avec leur pharmacien pour un entretien. Une bonne connaissance du traitement et des signaux d’alerte et un suivi régulier suffisent, en effet, à diminuer le risque d’accident. Les entretiens pharmaceutiques s’inscrivent ainsi dans une démarche d’accompagnement des malades.

Deux rendez-vous dans l’année

« Le patient vient nous voir à la pharmacie avec le courrier de l’Assurance maladie pour adhérer au programme de suivi, explique Marcelline Grillon, pharmacienne et vice-présidente de la section A des pharmaciens d’officine de l’ordre des pharmaciens. Nous prenons rendez-vous, et lorsque nous le recevons pour le premier entretien, cela se déroule dans une pièce préservant la confidentialité au sein de l’officine. Nous recueillons des informations sur le patient en suivant un questionnaire type, qui aborde les connaissances générales sur le traitement, la vie quotidienne et l’alimentation, mais aussi la surveillance biologique. » Les patients sous AVK doivent régulièrement réaliser des prises de sang pour surveiller leur INR (pour International Normalized Ratio), un test destiné à mesurer la coagulation. C’est en fonction de ces résultats que le médecin ajuste le traitement.
« Une fois le questionnaire terminé, nous répondons aux éventuelles questions, puis nous donnons des explications sur le traitement, les complications et les interactions médicamenteuses et alimentaires », poursuit Marcelline Grillon. A l’issue de l’entretien, le pharmacien remet au patient, s’il n’en possède pas encore, un livret d’accompagnement pour noter les résultats de ses prises de sang et les éventuels ajustements de dosage. Cette première prise de contact est complétée par un second entretien organisé dans l’année, « plus rapide et [qui] permet de récapituler ce qui a été dit précédemment, mais aussi de faire un point sur le traitement », ajoute la pharmacienne. Ce suivi est totalement pris en charge par l’Assurance maladie, le patient n’a rien à débourser. Le pharmacien, lui, est rémunéré à hauteur de 40 euros par patient et par an pour deux entretiens minimum.

Améliorer la relation et ouvrir le dialogue

« L’objectif n’est pas d’infantiliser le patient, souligne Marcelline Grillon, mais d’évaluer les fragilités s’il y en a, de donner des conseils hygiéno-diététiques et, surtout, d’ouvrir le dialogue. » Fin 2014, un premier bilan du dispositif a été réalisé : pour près de neuf pharmaciens sur dix*, celui-ci s’inscrit pleinement dans les missions de conseil et d’accompagnement liées à leur profession ; 74 % estiment qu’il permet de développer les connaissances des patients sur leur traitement et 71 % pensent qu’il améliore les relations avec les malades. Du côté des patients, une majorité d’entre eux déclarent que les entretiens permettent de prendre conscience de l’importance du suivi et de mieux comprendre le traitement. Un avis partagé par Thierry, sous AVK depuis trois ans : « Maintenant, ma pharmacienne me connaît et je sais que je peux lui demander conseil si j’ai besoin de soigner un petit tracas du quotidien. Par exemple, si j’ai mal aux dents ou à la tête, elle pourra me donner un médicament adapté qui ne risque pas d’interagir avec mon traitement. » Si, pour le moment, ces entretiens n’ont pas prouvé leur efficacité dans la réduction des accidents, l’évaluation a montré que la part des patients ne réalisant pas assez d’INR a diminué chez ceux qui avaient adhéré au dispositif. Un premier indicateur encourageant pour l’Assurance maladie.

* Etude quantitative réalisée par téléphone par l’institut A+A en septembre 2014 auprès d’un double échantillon de patients et de pharmaciens.

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