Départ de Total : les explications de Michel Lagrange, directeur général de MIP

, par  Mutuelle de l’Industrie du Pétrole

Michel Lagrange, directeur général de MIP, revient sur la décision du groupe Total, annoncée dans le précédent numéro de « Mutualistes », de quitter la mutuelle. Il répond aux questions de Maria Ballard, responsable de la communication.

Maria Ballard. – Nos adhérents ainsi que les personnels de la MIP et du GIE groupe Nation, réunis depuis octobre 2013 dans une unité économique et sociale (UES), s’interrogent sur les circonstances et les raisons du départ de Total de la MIP. Pouvez-vous nous donner votre appréciation sur cette décision ?

▶ Michel Lagrange. – Les décisions d’un client, surtout lorsqu’il s’agit d’une entreprise importante comme l’est Total en France, dépendent le plus souvent d’éléments que son fournisseur ne connaît pas ou qu’il ne connaît en tout cas que très partiellement. Total a fait partie des fondateurs de la MIP et nous a, depuis 2004, renouvelé sa confiance pour la couverture santé de l’ensemble de ses salariés et de ses anciens salariés du « périmètre pétrole », au travers de deux contrats collectifs : l’un obligatoire, pour les actifs ; l’autre facultatif, pour les retraités. Cela a déjà entraîné le départ vers d’autres organismes assureurs de sociétés du groupe (comme GPN, qui ne faisait pas partie de ce périmètre) pour des raisons tenant à la stratégie de ce dernier. Et la stratégie d’un groupe évolue. Il y a sans doute eu une évolution dans celle de Total en matière de taille de son assureur santé sur le cœur de son activité ou par rapport aux évolutions anticipées de ce cœur de métier.

 

Quels sont les éléments qui peuvent avoir conduit à cette décision ? Plus particulièrement, quelle incidence a eu le souhait exprimé par Total d’un rapprochement de MIP avec une autre structure d’assurance mutualiste et paritaire ?
Le groupe Total et ses partenaires sociaux ont entamé en juin 2012 une démarche d’information sur ce souhait qualifié d’« adossement » – terme pas toujours évident à définir – de MIP à un organisme plus important. C’est à la suite de cette démarche que la mutuelle a très rapidement, en octobre 2012, signé une lettre d’intention avec le groupe Humanis, puis travaillé avec celui-ci pour proposer en février 2013 un protocole d’accord validé par son conseil d’administration et signé par son président. Le groupe Humanis, créé seulement en septembre 2012, a beaucoup tardé à retourner à MIP le protocole avec sa signature, celui-ci n’a donc pas pu être signé pour la date souhaitée par Total.
Les participants aux réunions avec Total ont bien ressenti que ce retard n’était pas accepté par le groupe.
La date de réalisation cependant très rapide de la mise en œuvre de ce protocole avec le groupe Humanis, finalement signé le 24 avril 2013, a donc probablement été l’une des raisons importantes du choix par Total d’un autre opérateur, malgré les liens de « partenariat » souvent évoqués dans sa communication lors de nos rencontres.

 

▶  Voyez-vous d’autres raisons à ce choix ?
Il est difficile de penser que, pour une entreprise bénéficiant des ressources de Total, en matière de relations humaines et de compétences dans le domaine des assurances, d’autres éléments aient réellement eu un impact significatif. Si le poids de Total a été important dans le portefeuille client de la MIP et que cela pouvait présenter des inconvénients dans le cadre de la loi LME par exemple (le fait notamment que Total aurait pu être considéré comme responsable d’éventuelles difficultés financières de MIP), cela avait aussi des avantages importants pour le groupe, puisque dès lors que les conditions des contrats signés par les deux parties ne lui étaient pas favorables, il pouvait aisément – et il le faisait – nous demander de ne pas les appliquer, ce à quoi nous acquiescions obligatoirement, pour des raisons commerciales que chacun comprendra. Dans ce cadre, des différences économiques ne pouvaient exister que le temps d’un exercice au maximum et ne pouvaient pas raisonnablement être prises en compte par des personnes informées comme un élément déterminant du choix.
D’autres traits liés à l’effectif de notre organisation et à nos moyens (décidés par le conseil d’administration, dont le représentant du groupe Total était membre) ont pu être évoqués, comme le besoin de renforcement de notre développement (sans proposition sur les moyens) ou encore la taille de notre structure de management, qui repose bien entendu, pour des raisons de coût, beaucoup plus fortement sur un nombre de personnes limité – dont le directeur général que je suis.

 

▶  Des éléments ont-ils défavorisé MIP ?
Certains aspects économiques nous ont pénalisés. Le premier, c’est l’existence d’un fonds social MIP-Total important, auquel les adhérents MIP et le conseil d’administration dans son ensemble sont très attachés. Le coût de ce fonds social représentait 0,60 % des cotisations encaissées sur ces contrats et atteignait 0,72 % des cotisations en y incluant les frais de gestion naturellement lourds sur des dossiers très confidentiels et individualisés.
Deuxième élément : il nous était demandé une réponse commune avec notre partenaire, le groupe Humanis, et la législation ne nous permettait pas de faire de la coassurance (deux assureurs pour un même contrat). Cela n’aurait été possible que si les deux assureurs avaient été des mutuelles, et pour des raisons de stature économique – là aussi pour répondre aux souhaits de Total –, c’est l’institution de prévoyance Humanis qui répondait avec MIP. La loi Hamon, à partir de 2014, devrait permettre cette possibilité, sur le seul contrat obligatoire des salariés, le moins important en montant des cotisations. L’impossibilité de recourir à la coassurance impliquait d’avoir recours à la réassurance. La situation financière du groupe Humanis, connue du groupe Total, représenté dans son conseil d’administration comme dans celui de MIP, ne lui permettait pas d’assumer cette réassurance sans demander à MIP
une participation, même inférieure à 1 % des cotisations. Celle-ci, même atténuée par une prise en charge par l’ensemble des adhérents de la mutuelle, obérait la proposition économique faite par MIP.
Enfin, le choix récent fait par notre partenaire dans le domaine des réseaux de soins impliquait naturellement (ce que chaque entreprise, lorsqu’elle est bien gérée, essaie de faire comprendre à ses salariés et à son environnement) une rémunération de l’utilisation de ce service. L’existence de réseaux déjà amortis ou dont le financement était payé par certains acteurs pour d’autres chez certains fournisseurs consultés a aussi pénalisé notre réponse. L’entrée récente d’Humanis dans le réseau Itelis n’était pas encore formalisée juridiquement en septembre 2013 et n’a pas permis d’emporter l’adhésion du groupe Total sur ce point.
Si ces éléments n’avaient pas existé, notre réponse aurait nettement été la mieux placée en termes de coût, certains services très appréciés de nos adhérents, mais coûteux, étant de plus spécifiques à la réponse MIP, qui se basait sur les souhaits exprimés par Total (envoi immédiat d’un décompte pour les remboursements significatifs…).

 

▶  Et qu’en est-il de notre gestion ? C’est une question qui intéresse beaucoup et nos adhérents, et les salariés du GIE groupe Nation.
Il est très important de noter qu’à aucun moment, malgré une utilisation de nos services de près de dix ans, la qualité de la gestion de MIP et de son GIE n’a été remise en cause. Elle a même été reconnue comme positive lors de la dernière rencontre entre MIP et le groupe Total. Bien évidemment, si des critiques avaient dû être émises, elles auraient été formulées au sortant et non aux « challengers », ces derniers ne pouvant présenter qu’une solution en théorie idéale.
Ce point est pour nous extrêmement important et montre combien l’implication du personnel, la qualité des outils et l’attachement aux vraies valeurs mutualistes permettent de créer les conditions du meilleur service dans des situations économiques compétitives. C’est notre fierté d’être une mutuelle, de participer à la contribution de la compréhension du monde économique par nos salariés, nos adhérents et leurs représentants, et c’est aussi un encouragement fort à maintenir et à renforcer cette situation.

 

▶  Et pour 2014 ?
Nous avions été « autorisés » à contacter seulement 1 800 anciens salariés de Total. A ce jour, plus de 1 200 anciens salariés ont expressément souhaité rester à la MIP, la moitié d’entre eux ayant volontairement abandonné la participation patronale dont ils bénéficiaient. Toutes les personnes qui ont été adhérentes de MIP pourront, si elles le souhaitent et si elles nous contactent, bénéficier à nouveau de leurs garanties dans notre mutuelle. Ce point répond à notre vocation de mutuelle et à notre volonté de toujours être présents pour répondre à l’un des besoins les plus essentiels de la vie, le maintien de sa santé, ce à quoi MIP a toujours été très attachée.
En 2014, plus que jamais, nous apporterons toute notre attention à être proches de nos adhérents et prêts à répondre à leurs souhaits, dans un environnement économique que nous savons difficile et qui peut avoir des incidences sur le moral de toute personne et donc sur sa santé.
Tous nos adhérents peuvent être certains de l’attachement que nous avons et continuerons d’avoir au meilleur service à leur apporter et à notre attention individuelle à chacun d’entre eux.

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