Décharges numériques : des millions d’enfants exposés

, par  Isabelle Coston

Les déchets électroniques provenant de nos appareils électriques (ordinateurs, imprimantes, smartphones, téléviseurs, batteries ou encore frigos) alimentent les décharges à ciel ouvert des pays pauvres et menacent la santé des enfants qui y travaillent.

Dans un rapport inédit, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) s’inquiète du nombre croissant de déchets électroniques. Très peu recyclés, ils viennent grossir des décharges informelles à travers le monde, dans lesquelles les petites mains du recyclage sont des enfants. Pour survivre, des millions d’entre eux les manipulent sans aucune protection. Or, « les enfants exposés aux déchets d’équipements électriques et électroniques sont particulièrement vulnérables aux produits chimiques toxiques que ceux-ci contiennent en raison de leur plus petite taille, du moindre développement de leurs organes et de leur rythme de croissance plus rapide, explique l’OMS dans son communiqué. Ils absorbent proportionnellement plus de polluants et leur organisme est moins capable de métaboliser ou d’éradiquer les substances toxiques. »

Catastrophe écologique…

« Il y a tous les ans près de 53 millions de tonnes de déchets électriques et électroniques produits dans le monde, dont seulement 17 % sont recyclés de façon formelle, observe dans le journal Libération du 18 juin 2021, Marie-Noël Bruné Drisse, responsable du département Environnement, changement climatique et santé à l’OMS et coordinatrice du rapport. « Le reste finit dans des décharges ou est envoyé dans des pays du tiers-monde. Et le nombre de déchets domestiques ne fait que grimper, ajoute-t-elle avant de préciser qu’il y a environ 18 millions d’enfants qui travaillent dans le secteur industriel, dont le recyclage de déchets électriques et électroniques est un sous-secteur. » Des enfants très jeunes, de moins de cinq ans parfois, aident leurs parents à décortiquer ces objets. Leurs petites mains sont en effet plus habiles pour soustraire les matières rares (or, cuivre…) qu’ils renferment.

… et sanitaire

Outre des matériaux précieux, ces appareils contiennent aussi des métaux (plomb, mercure, cadmium…) et beaucoup d’éléments chimiques toxiques comme des dioxines, des PCB, des éthers diphényliques polybromés (PBDE), des substances per- et polyfluoroalkylées (PFAS), des esters de phtalate, des retardateurs de flamme organophosphatés (PFR) et des bisphénols, souligne l’OMS. Tous ces déchets contaminent l’air, l’eau, la nourriture… Ils affectent le neurodéveloppement des enfants présents dans les décharges ou vivant à proximité. « Plus tard, ils auront des problèmes de comportement ou un quotient intellectuel plus bas que la moyenne, souligne Marie-Noël Bruné Drisse. Or, ces dégâts sur le cerveau sont irréversibles. » Les femmes enceintes qui travaillent dans ces décharges font également courir un risque important aux fœtus. Outre le risque de naître avec une taille et un poids anormaux, ces bébés pourront connaître par la suite des problèmes thyroïdiens, immunitaires, des modifications de leur ADN. Rendus plus sensibles aux maladies infectieuses, ils pourront développer plus tard des pathologies comme le cancer, le diabète ou des maladies cardiovasculaires.

Les populations pauvres les plus touchées

L’organisme international souligne la pauvreté des populations touchées par le fléau des e-déchets. Car ce sont bien les pays du tiers-monde qui en héritent la plus grosse part. En Afrique, en Amérique latine ou en Chine, notamment, des villages entiers vivent de ce recyclage dangereux, qui détruit la santé de toute la population et celle des enfants en particulier. Pour lutter contre l’exportation des déchets électroniques et réduire l’exposition des enfants à cette pollution croissante, l’OMS préconise le développement de l’économie circulaire dans les pays industrialisés, l’amélioration de la durée de vie des produits, l’utilisation de matériaux moins toxiques et plus facilement recyclables. « Les producteurs pourraient aussi être rendus responsables du recyclage en question », ajoute Marie-Noël Bruné Drisse, avant de conclure : « Et, bien sûr, il faut absolument bannir le travail des enfants. »

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