Covid19 : les premiers résultats de l’essai Discovery bientôt publiés

, par  Delphine Delarue

Alors que la lutte contre le Covid-19 se poursuit sans relâche dans les hôpitaux, un essai clinique européen, baptisé Discovery, a été lancé le 22 mars. Coordonné en France par l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm), il devrait rendre public ses premiers résultats dans les prochains jours. « Nous pensons avoir un premier retour à la fin de cette semaine », a précisé la ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, Frédérique Vidal, lundi 30 mars sur France Info. Piloté par le professeur Florence Ader, infectiologue dans le service des maladies infectieuses et tropicales de l’hôpital de la Croix-Rousse au CHU de Lyon, et chercheuse au Centre international de recherche en infectiologie (CIRI), cet essai a pour objectif « d’évaluer l’efficacité et la sécurité de quatre stratégies thérapeutiques expérimentales qui pourraient avoir un effet contre le Covid-19 au regard des données scientifiques actuelles », indique l’Inserm dans un communiqué. Sept pays sont concernés, à savoir : la France, la Belgique, le Luxembourg, les Pays-Bas, l’Allemagne, l’Espagne et le Royaume-Uni. Au total, 3 200 patients, dont 800 Français, « hospitalisés pour des signes respiratoires (pneumonie) et/ou un besoin de support en oxygène » seront progressivement inclus au protocole de recherche, explique le professeur Ader dans une conférence de presse en ligne.

Cinq hôpitaux français retenus dans un premier temps
Pour le moment, cinq hôpitaux français, retenus pour leurs capacités logistiques à transmettre les données en temps réel, participent à Discovery : l’hôpital Bichat à Paris et les CHU de Lille, Nantes, Strasbourg et Lyon. D’autres établissements devraient bientôt les rejoindre : « Notre stratégie d’ouverture (de l’essai) suivra la réalité épidémiologique de l’épidémie avec une priorisation (…) dans des hôpitaux sous forte pression », précise Florence Ader.
Parmi les molécules testées, on retrouve le remdesivir, « un antiviral conçu initialement pour Ebola », également capable de « bloquer la réplication de ce coronavirus », et pour lequel les « résultats in vitro sont très bons », poursuit le professeur Bruno Lina, virologue au CHU de Lyon. Le deuxième traitement proposé correspond au recyclage d’un médicament contre le VIH combinant deux molécules (lopinavir et ritonavir) et qui a déjà fait l’objet d’un premier essai encourageant en Chine. La troisième stratégie thérapeutique reprend ces deux dernières molécules en leur associant l’interféron béta, supposé bloquer le processus inflammatoire qui intervient dans la seconde phase de la maladie (celle où se manifestent les dégradations pulmonaires). Enfin, le quatrième et dernier traitement, ajouté à la demande de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) et de l’État français, repose sur l’hydroxychloroquine, le médicament défendu par le controversé mais néanmoins reconnu professeur Didier Raoult, directeur de l’Institut hospitalo-universitaire Méditerranée infection à Marseille. Cette molécule est également testée depuis mercredi 1er avril sur des patients dans trente-trois hôpitaux français à l’initiative du CHU d’Angers dans le cadre de l’étude Hycovid.

Essai randomisé
Dans l’essai Discovery, l’attribution des modalités de traitement se fait de « façon randomisée », précise l’Inserm. Cette méthode, validée dans les démarches classiques de la recherche médicale, consiste à administrer à chaque patient, de façon aléatoire, l’un des quatre traitements testés ou des soins standards. « Cela permet d’échantillonner l’essai et de garder de la pertinence scientifique », explique Florence Ader. Selon elle, la grande force de Discovery, monté « en un temps record », est aussi son caractère adaptatif : « Cela signifie que très rapidement les traitements expérimentaux inefficaces pourront être abandonnés et remplacés par d’autres molécules qui émergeront de la recherche. Nous pourrons donc réagir en temps réel, en cohérence avec les données scientifiques les plus récentes, afin de mettre en évidence le meilleur traitement pour nos malades ». Si la première évaluation clinique de l’essai est attendue dans les prochains jours, il faudra néanmoins « rester extrêmement prudent » et « laisser les équipes travailler » , tempère la chercheuse. Celles-ci doivent analyser et colliger les premiers résultats afin d’obtenir les conclusions « les plus fiables possibles ».

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