Coronavirus : un virus moins mortel que le Sras, mais qui se propage vite

, par  Delphine Delarue

Avec plus de 7 700 cas de contamination au total et 170 morts en Chine, l’épidémie liée au 2019-nCoV s’accélère. Si le virus inquiète, c’est davantage par la rapidité de sa propagation que par son taux de mortalité, pour le moment inférieur à celui de son cousin le Sras. Le point sur ce que l’on sait désormais de ce nouveau coronavirus.

Apparu sur un marché de Wuhan en Chine au mois de décembre, le coronavirus 2019-nCoV a déjà tué 170 malades, essentiellement dans la province de Hubei, épicentre de l’épidémie. Plus de 7 700 personnes sont désormais contaminées en Chine et près d’une centaine de cas confirmés ont été signalés dans d’autres pays, essentiellement en Asie mais aussi aux États-Unis, en Autralie ou en Europe (cinq en France - consultez ici le bilan actualisé sur Santé publique France, quatre en Allemagne et un en Finlande). Le nombre total d’infections dépasse désormais celui de l’épidémie de syndrome respiratoire aigu sévère (Sras) qui avait touché 5 327 personnes et causé 774 décès en 2002 et 2003, principalement en Chine et à Hong Kong.
Le nouveau coronavirus, vraisemblablement d’origine animale (chauve-souris ou serpent) et pour lequel il n’existe ni vaccin ni traitement, provoque des pneumonies particulièrement sévères surtout chez les personnes âgées ou atteintes des maladies chroniques (hypertension, maladies cardiovasculaires, diabète, pathologies hépatiques ou respiratoires).

Quels sont les taux de mortalité et le niveau de contagion ?

Le taux de mortalité, encore difficile à établir à ce stade, est « aujourd’hui clairement inférieur à 5 % », a estimé la ministre de la Santé, Agnès Buzyn, mardi 28 janvier. Il est inférieur à celui du Sras (9,5 % d’après l’Organisation mondiale de la Santé) et du Mers (34,5 %), un autre syndrome respiratoire sévère qui sévit encore au Moyen-Orient. Si le nouveau coronavirus est « moins mortel » que les précédents, il semble en revanche « plus contagieux », précise la ministre, et se propage vite comme le montre cette carte mise en ligne par des chercheurs de l’université Johns Hopkins à Baltimore aux États-Unis. Cette contagion, qui se fait par les postillons émis lors de la toux ou à la suite de contacts avec des surfaces fraîchement contaminées, varie 1,5 à 3,6 selon les estimations. Ce qui veut dire qu’en moyenne chaque nouveau contaminé va infecter entre 1,5 et 3,6 nouvelles personnes. Selon les autorités chinoises, le malade serait contagieux pendant toute la durée d’incubation (de deux à quatorze jours), mais cette hypothèse n’est cependant pas confirmée avec certitude.

Quels sont les symptômes ?

Les manifestations cliniques d’une infection au nouveau coronavirus « sont la fièvre et des signes respiratoires de type toux, sensation d’oppression ou douleur thoracique, avec parfois dyspnée (essoufflement) », indique l’Institut Pasteur. À ces signes s’ajoutent aussi des courbatures, des frissons, des maux de tête et une intense fatigue, selon les observations scientifiques publiées dans la revue The Lancet le 24 janvier.
Contrairement au Sras, les symptômes affectant les voies aériennes supérieures, comme le nez qui coule ou le mal de gorge, semblent être absents avec le coronavirus 2019-nCoV. « Dans les cas les plus graves, le patient peut être atteint d’un syndrome de détresse respiratoire aiguë, d’une insuffisance rénale aiguë, voire d’une défaillance multi viscérale pouvant entraîner le décès », poursuit l’Institut Pasteur.

Que faire si l’on suspecte une infection ?

« Les patients potentiellement infectés par le 2019-nCoV doivent être pris en charge dans l’un des trente-six établissements identifiés sur le territoire français pour la prise en charge des cas possibles et confirmés », prévient le ministère de la Santé. Toute personne qui présente une infection respiratoire aiguë avec fièvre, toux et essoufflement dans les quatorze jours après être revenue d’un séjour à Wuhan doit donc contacter le Samu. Pour éviter les risques de contagion, « il ne faut pas aller aux urgences, il ne faut pas appeler un médecin, il faut appeler le centre 15, qui vient chercher les gens à domicile et les emmène en hospitalisation, a précisé Angès Buzyn le 24 janvier. [Cela] nous permet de mettre les gens à l’isolement, de faire les tests. Si les tests sont positifs, ils sont gardés sous surveillance. Si les tests sont négatifs, ils sortent ».

Comment se protéger ?

En matière de protection, les principales recommandations concernent, pour le moment, surtout les personnes qui partent en voyage dans les zones touchées par le virus ou qui se trouvent en Asie. Le ministère des Affaires étrangères recommande de se renseigner régulièrement en consultant la rubrique « Dernière minute » dans l’onglet « Conseils aux voyageurs » du pays concerné. Sur place, il est préconisé d’éviter tout contact avec des animaux morts et avec des personnes ayant de la fièvre et qui toussent, de ne pas manger de viande crue ou peu cuite et de se laver les mains avec du savon ou avec des solutions hydro-alcooliques. Le port du masque chirurgical est quant à lui conseillé uniquement pour les personnes qui présentent des symptômes de la maladie (cela évite la diffusion du virus). Son efficacité n’est en revanche pas démontrée pour les personnes qui ne sont pas malades. Les mesures barrières classiques (tousser dans son coude, utiliser des mouchoirs uniques, se laver régulièrement les mains) doivent être adoptées par tous, quel que soit le pays où l’on se trouve.

Faut-il s’inquiéter ?

Depuis le début de l’épidémie, les experts s’accordent à dire que la France est bien préparée face à la menace du nouveau virus. Plutôt bien entraîné depuis la menace Ebola, «  le système est prêt à faire face à cette situation », a assuré au Monde Aurélien Rousseau, directeur régional de l’agence régionale de santé (ARS) Île-de-France. Les « schémas d’organisation en cas de risque épidémique sont bien rodés », a estimé pour sa part François Braun, président du Samu samedi 25 janvier.
Pour Patrick Pelloux, président de l’association des urgentistes de France (Amuf), « il faut savoir raison garder. […] C’est une épidémie qui est contrôlée, il faut faire confiance aux autorités, il faut faire confiance à l’OMS. » Face à l’accélération de l’épidémie, cette dernière doit d’ailleurs se réunir aujourd’hui, la question étant de savoir « si l’épidémie actuelle constitue une urgence de santé publique de portée internationale  », a précisé son directeur général, Tedros Adhanom. Auquel cas les États devront prendre des mesures de protection plus contraignantes.

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