Consommation alimentaire : l’assiette des Français s’est modifiée

, par  Vincent Portois

Pour la troisième fois, l’Agence nationale de sécurité sanitaire alimentation, environnement et travail (Anses) publie une étude fleuve mettant les Français face à leur mode de consommation. Certes, en été, on oublie tout ou presque. Souvent lors de cette période, nos habitudes alimentaires obéissent au principe du lâcher prise, et « c’est bon pour le moral » comme disaient de célèbres philosophes… Il va pourtant nous falloir prendre de bonnes résolutions pour améliorer la composition de nos assiettes. Dès la rentrée peut-être…

L’évolution des Français quant à leur consommation alimentaire ne va pas vraiment dans le bon sens si l’on se réfère à l’étude réalisée par l’Anses entre février 2014 et septembre 2015 auprès de 4 114 personnes de tout âges décrivant leur régime alimentaire avec précision sur deux voire trois jours (13 600 journées de consommations ont été recueillies). « Outil indispensable à l’évaluation du risque lié à l’alimentation », sous l’égide des ministères de la Santé et de l’Agriculture, cette troisième étude Individuelle nationale des consommations alimentaires [INCA 3] se veut riche en enseignements. Ainsi, « les hommes mangent plus que les femmes. Celles-ci privilégient yaourts, fromages blancs, compotes, volailles, soupes et boissons chaudes. Les hommes favorisent les produits céréaliers, le fromage, les viandes et charcuteries ou encore les crèmes dessert ». Les femmes consomment donc plus de produits « recommandés », tandis que les hommes sont davantage portés sur des aliments à consommer avec modération. En moyenne, on reste sur 2,9 kilos d’aliments consommés par les Français chaque jour (2 200 kcal), comprenant 50 % de boissons. Les disparités sont étudiées à la loupe, en fonction du sexe, de l’âge et du niveau d’études. Sur ce dernier point, on constate que « les individus ayant un niveau d’études supérieur ou égal à bac + 4 consomment davantage de fruits et deux fois moins de boissons rafraîchissantes sans alcool (hors jus de fruits) que ceux ayant un niveau d’études primaire ou collège ». Ils privilégient les boissons chaudes et, dans une moindre mesure, les boissons alcoolisées. Par ailleurs, les individus de niveau d’études plus faible « semblent avoir des comportements moins risqués sur le plan microbiologique (consommation moins élevée de denrées crues, conservation moins longue avant consommation des denrées périssables) ».

De fortes quantités

L’étude regorge de constats parfois culpabilisants, mais significatifs de l’évolution des habitudes. Ces dernières années, les Français ont augmenté leur consommation d’aliments transformés, surtout les jeunes qui raffolent des plats cuisinés. « Ce sont les plats constitués à base d’œufs, de viandes, de poissons, de légumes ou de féculents (céréales, légumineuses ou pommes de terre), mais aussi les jus de fruits et de légumes, les soupes et bouillons, les sandwichs, les pizzas et les pâtisseries salées. Sont également compris les viennoiseries, pâtisseries et biscuits sucrés, les entremets et crèmes dessert, les glaces, sorbets et desserts glacés, les compotes et fruits au sirop. Les aliments transformés peuvent être faits maison, industriels, de production artisanale et autres (restauration rapide, plats à emporter, etc.). » Ces changements impliquent ainsi une faible quantité de fibres et une trop forte consommation de sel, de conservateurs, de sucres et de gras.
Autres aliments modifiés, mais en dehors de l’« assiette », les compléments alimentaires (incluant les médicaments sources de nutriments) progressent considérablement « entre 2006-2007 et 2014-2015, aussi bien chez les enfants de 3 à 17 ans (passant de 12 % à 19 %) que chez les adultes (passant de 20 % à 29 %) ».

Des comportements à risque

« Le rôle de l’alimentation dans l’augmentation ou la prévention de certaines maladies, comme le cancer, l’obésité ou les maladies cardiovasculaires, est aujourd’hui, scientifiquement établi », affirme l’Anses. Par exemple, les risques microbiologiques peuvent s’étendre à court terme, résultat de ces nouveaux comportements alimentaires à risque. La part de la consommation de denrées animales crues (poissons sous forme de sushis, tartare de bœuf, mayonnaise maison…) explose, et avec elle les risques de contamination, alors que « la cuisson des aliments […] est un moyen de choix pour réduire leur charge microbienne ». On apprend également que les Français se détournent des « repères nutrionnels », ne respectent pas toujours la température du réfrigérateur, ils gardent plus longtemps avant consommation des denrées périssables et dépassent plus fréquemment les dates limites de consommation.
Enfin, une étude sur l’alimentation ne serait pas complète sans évoquer la question du poids : « Les données montrent que le statut pondéral et les niveaux d’activité physique et de sédentarité de la population vivant en France métropolitaine restent souvent inadaptés malgré les plans nationaux mis en œuvre depuis 2001. En 2014-2015, 13 % des enfants et adolescents de 0 à 17 ans et 34 % des adultes de 18 à 79 ans sont en surpoids et respectivement 4 % et 17 % sont obèses. » La situation est « toujours préoccupante ».

DOSSIERS

Autisme : Quelle prise en charge aujourd’hui en...

Autisme : Quelle prise en charge aujourd’hui en France ?
Manque de structures adaptées et d’informations, faible coordination entre les différents intervenants, discours contradictoires de professionnels, absence d’interlocuteur unique au sein du système de soins… En France, malgré trois plans (...)

Plastiques, cosmétiques, alimentation…

Les perturbateurs endocriniens font désormais partie de notre environnement quotidien. Problème : ces molécules sont rendues responsables de malformations génitales, de pubertés précoces et de diminution de la fertilité. On les soupçonne également de jouer un rôle dans le développement de l’obésité, du (...)

Ils sont 11 millions à aider un parent...

Ils sont 11 millions à aider un parent dépendant, un conjoint malade, un enfant ou un adolescent handicapé. « Ils », ce sont les aidants. Présents au quotidien auprès de leur proche, ils sont porteurs des valeurs de solidarité et d’entraide, mais doivent pourtant faire face à de nombreuses difficultés. (...)

Les pouvoirs de la méditation

Depuis que je médite, je sens vraiment un changement, confie Isabelle. Dire que ça a changé ma vie serait un peu exagéré, mais je suis tout de même beaucoup plus calme, je prends davantage de recul sur les événements de ma vie et j’arrive à mieux me concentrer au bureau.  » Cela fait bientôt deux ans que (...)

ARTICLES RÉCENTS