Comment le Sars-CoV-2 a-t-il contaminé les soignants ?

, par  Isabelle Coston

Comprendre comment les personnels soignants sont victimes du Sars-CoV-2 pour mieux les protéger, tel est l’objectif de l’étude menée par les autorités sanitaires, dont les premiers résultats viennent d’être dévoilés.

Depuis avril 2020, une enquête nationale menée auprès des personnels soignants tente de déterminer le contexte dans lequel ces derniers ont été contaminés par le Sars-CoV-2. Pour cela, le Groupe d’étude sur le risque d’exposition des soignants (Geres) a demandé à l’ensemble des professionnels de santé, de tous les secteurs, qui avaient été victimes de la Covid-19 de remplir un questionnaire afin de mieux cerner les circonstances potentielles de leur contamination. Cette étude initiée lors de la première vague se poursuivra jusqu’en avril 2021. L’objectif est de « mieux identifier les situations à risques de transmission et de permettre l’amélioration des mesures de prévention », indique Santé publique France qui a publié les premiers résultats de cette enquête le mardi 8 décembre dans son bulletin épidémiologique hebdomadaire (BEH).

Les soignants particulièrement exposés au virus

En France, entre le 1er mars et le 2 novembre 2020, l’institution déclare avoir dénombré 44 281 cas de professionnels de santé infectés par le Sars-CoV-2 dans des établissements de santé et 48 496 cas dans des établissements sociaux et médico-sociaux (ESMS) parmi les professionnels, dont 78 % exercent dans des établissements d’hébergement pour personnes âgées (Ehpa).

Le manque de moyens pointé durant la première vague

Deux mille trois cent vingt-neuf professionnels de santé, exerçant en établissements de soins, médico-sociaux ou dans le secteur libéral, contaminés par le Sars-CoV-2 pendant la première vague de l’épidémie en France ont répondu en ligne à l’enquête. La pénurie de masques lors de cette première vague, qui n’a cessé depuis de faire polémique, revient une fois encore sur le banc des accusés. « L’analyse fait apparaître des différences importantes dans l’utilisation de masques de protection adaptés au risque d’infection », indique déjà Santé publique France, qui précise que : « Ces différences sont à mettre en relation avec la disponibilité de ces équipements et les recommandations ou protocoles utilisés, variables suivant le type d’établissement et le secteur d’activité pendant la période de février à avril 2020 où se sont produites 96 % des contaminations des répondants lors de cette première phase de l’enquête. »

Des protections inadaptées

Bien que l’étude ne prenne pas en compte les professionnels de santé exerçant en libéral et que le nombre de répondants au questionnaire soit trop faible pour être représentatif, elle « met cependant en évidence les problèmes liés à l’insuffisance du port de masques de protection adaptés aux risques de contaminations professionnelles pendant la première vague de l’épidémie », conclut Santé publique France. « Le port d’un masque FFP2 était inconstant pour la plupart des activités définies comme les plus à risque », souligne-t-elle. L’enquête révèle en effet qu’en unité Covid, une personne sur cinq n’en portait pas et que moins d’une sur deux en portait dans les autres unités des établissements de santé.
Les raisons les plus souvent citées dans les questionnaires étaient le manque de matériel disponible et l’absence de recommandations relatives au port de masque hors prise en charge d’un patient suspect ou atteint de la Covid-19 au début de l’épidémie. Il semble donc que la plupart des contaminations des soignants aient eu lieu dans un contexte professionnel, soit de patient à soignant, soit entre soignants.

Une deuxième vague épidémique mieux encadrée

Les soignants sont heureusement mieux armés face à cette deuxième vague de l’épidémie. Le contexte est très différent, notamment grâce aux actions de dépistage réalisées systématiquement dans les établissements de santé et médico-sociaux, mais aussi en raison de « la disponibilité généralisée des masques de protection et les améliorations de recommandations destinées aux professionnels de soins en ce qui concerne les mesures barrières applicables dans les différents contextes d’exercices professionnels », assure Santé publique France.

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