Chambre mortuaire de l’hôpital : le dernier service

, par  Isabelle Coston

La chambre mortuaire est un service à part dans les établissements de santé qui en possèdent une. A l’abri des regards, c’est là que sont « préparés » les défunts avant d’être présentés à leur famille.

La chambre mortuaire, que l’on appelait communément il y a encore quelques années « amphithéâtre » ou « dépositoire », est destinée à accueillir les corps des personnes décédées dans l’établissement de soins jusqu’à leur mise en bière. Plus d’un Français sur deux meurt à l’hôpital et passe donc par cette structure, qui fait partie intégrante du service hospitalier. Ceux qui y travaillent sont des infirmiers ou des aides-soignants ayant choisi cette spécialité.
Tout établissement de santé enregistrant en moyenne deux cents décès par an doit disposer d’au moins une chambre mortuaire. Lorsqu’il n’y en a pas, c’est à la famille d’organiser le transfert du défunt à domicile ou en chambre funéraire.

Des règles très strictes

La durée de dépôt des corps à la chambre mortuaire est strictement limitée. Elle ne doit pas excéder six jours, avec une tolérance jusqu’à dix jours lorsque les corps ne sont pas réclamés par leur famille, délai au-delà duquel l’hôpital a l’obligation de faire procéder à l’inhumation. Les funérailles doivent avoir lieu dans les six jours suivant l’admission à la chambre mortuaire. L’hébergement y est gratuit durant les trois premiers jours, afin de laisser le temps aux familles d’organiser les obsèques. Aucuns frais de transport (aussi bien vers un domicile que vers une chambre funéraire) ne peuvent être facturés. Les corps restent sur place jusqu’à la mise en bière et le départ pour le cimetière ou le crématorium.

Des locaux spécialement aménagés

Ce service hospitalier comprend généralement des locaux techniques avec des coffres réfrigérés, une salle pour préparer les corps et des salons de présentation aux familles. Selon le rapport de l’Inspection générale des affaires sociales (Igas), les chambres mortuaires ne figurent pas parmi les priorités financières des directeurs d’hôpital ; pourtant, « trop longtemps considérée comme annexe, et de ce fait souvent reléguée dans les endroits les moins nobles, l’activité mortuaire des établissements participe de la qualité globale de la prise en charge des personnes décédées et de leur famille* ».
Loin de l’effervescence et des allées et venues dans les couloirs, située bien souvent au fin fond de l’établissement, la chambre mortuaire est un endroit à part où les médecins se rendent rarement. Ce n’est toutefois pas un lieu clos : elle reçoit la visite de thanatopracteurs qui viennent faire leurs soins, de policiers qui passent poser des scellés, d’imams et de rabbins qui pratiquent des toilettes religieuses…

Un personnel « aux frontières du soin »

Le métier d’agent de chambre mortuaire est méconnu, parfois même déconsidéré. « Il y a encore quelques années, on envoyait y travailler les cas sociaux, les alcooliques, ceux que l’on ne pouvait pas reclasser », explique un aide-soignant. Pourtant, la mission de cet agent est indispensable, car il fait la jonction entre le personnel de l’hôpital et les familles endeuillées. Il doit non seulement faire preuve de précision et de rigueur pour obéir aux règles drastiques de suivi d’identité, mais surtout posséder des qualités humaines bien spécifiques. « Notre métier consiste pour beaucoup à écouter les gens », explique Jean-Yves Noël, responsable de chambre mortuaire du groupe hospitalier de La Pitié-Salpêtrière (Paris)**. « Il ne s’agit plus d’apporter à la personne ce qui est susceptible de la soutenir dans un combat contre la maladie et pour la vie, mais de témoigner une considération à cette dernière forme de présence dans la vie – au cadavre et à ce qu’il signifie encore pour les vivants » –, complète le professeur Emmanuel Hirsch, directeur de l’espace Ethique de l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP).
S’occuper des corps, enlever les éventuels pacemakers, panser ou suturer des plaies, raser les hommes si nécessaire, donner un dernier coup de brosse, maquiller et habiller les défunts, les rendre présentables aux yeux de leurs proches – c’est la dernière image qu’ils garderont d’eux –, conseiller les familles et les écouter… : les agents de chambre mortuaire remplissent de nombreuses missions. Parmi celles-ci figurent encore la réception des fœtus mort-nés et le transport des petits corps au service de fœtopathologie, afin que les autopsies et les prélèvements nécessaires puissent être réalisés. Le don de cornées peut aussi être effectué en chambre mortuaire, en fonction de la volonté du défunt et après consultation de ses proches.

* La mort à l’hôpital, rapport de l’Inspection générale des affaires sociales (Igas), 2009.
** Soigner après la mort : pratiques en chambres mortuaires, sous la direction d’Emmanuel Hirsch, collection « Espace éthique », hors-série n° 3.

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