Cancers et médecines alternatives : les liaisons dangereuses

, par  Vincent Portois

Recourir exclusivement aux médecines alternatives, et non aux traitements traditionnels, pour soigner son cancer augmente les risques d’en mourir. C’est ce que confirme une étude scientifique menée par l’université de Yale, disponible dans "The Journal of the National Cancer Institute".

Au moment même où des chercheurs américains de l’université John Hopkins découvrent une méthode de détection précoce du cancer via un nouveau test sanguin, d’autres, à l’université de Yale, ont bâti un travail sur une base de données nationale américaine. Entre 2004 et 2013, ce sont 560 patients atteints de cancer (sein, poumon, côlon ou prostate) optant pour des traitements standards qui ont été comparés à un autre groupe de 280 patients présentant également un cancer, mais recourant à la médecine alternative – aucun d’entre eux n’ayant de cancer métastasé. Or cette étude américaine confirme clairement que le risque de mourir augmente quand on choisit un traitement alternatif à celui préconisé par son oncologue. Les remèdes alternatifs type homéopathie, naturopathie, qi gong (basé sur l’énergie vitale), diète ou encore prise du médicament Full Spectrum Curcumin ne peuvent se substituer aux traitements traditionnels que représentent la chimiothérapie, le traitement hormonal, la chirurgie et la radiothérapie.

De grosses différences

Ainsi, le risque de mourir d’un cancer est multiplié par 2,5 en moyenne au bout de cinq ans quand on a seulement recours aux médecines alternatives. Les traitements conventionnels ayant prouvé leur efficacité, notamment pour les cancers du sein et du côlon, marquent les plus forts écarts : l’étude révèle une mortalité divisée par 5,6 dans le premier cas et par 4,6 dans le deuxième. Le risque de mourir d’un cancer du poumon est multiplié par 2 avec un traitement alternatif, alors que celui de la prostate reste faible, en raison d’un développement plus lent de la maladie.
Interrogé par l’Agence France Presse, l’un des auteurs principaux de l’étude, Skyler Johnson, a précisé que tous les résultats avaient probablement été sous-estimés. Car l’étude est seulement basée sur le traitement initial, et des patients ont donc pu commencer un traitement alternatif avant de retourner à un parcours plus classique, afin d’éviter une propagation, parfois très rapide, de la maladie. Les résultats auraient été davantage significatifs encore si certains patients n’avaient pas changé de méthode en cours de traitement.

Complémentaires

Il s’agit d’essayer d’aller au-delà des idées reçues qui laissent entendre, par exemple, que la chimiothérapie est un poison ou que le qi gong ne soulage pas les effets secondaires du cancer. En analysant les multiples études sur le sujet, il est en effet toujours prouvé que les traitements dits traditionnels permettent une longévité plus importante, voire une rémission totale, pour les malades. Les solutions alternatives doivent rester des médecines complémentaires, suite à d’intenses séances de chimiothérapie notamment. Elles aident par ailleurs à allonger la durée de vie, mais elles ne sauraient être la solution miracle, comme l’ensemble des spécialistes de la médecine scientifique ne cessent de le rappeler.

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