Cancer de la prostate : trop de traitements inutiles ?

, par  Delphine Delarue

Selon une monographie publiée par « La Revue du praticien », un tiers des hommes souffrant d’un cancer de la prostate en France seraient surtraités par de la chirurgie, des chimiothérapies ou des radiothérapies inutiles et lourdes de conséquences sur leur qualité de vie.

Quatrième cause de mortalité par cancer, le cancer de la prostate est à l’origine de près de 10 000 morts par an. En 2010, selon l’Institut national du cancer (Inca), 71 500 nouveaux cas ont été diagnostiqués. Pourtant, une polémique existe depuis quelques années sur la pertinence du dépistage et des traitements précoces : si la Haute Autorité de santé (HAS) ne recommande pas le dépistage systématique, ce n’est pas le cas de nombreux urologues. « Le cancer de la prostate a posé beaucoup de problèmes à différents praticiens, et notamment aux médecins généralistes, sur l’attitude à avoir face à cette maladie », explique le professeur François Desgrandchamps, chef du service d’urologie à l’hôpital Saint-Louis, sur le site de La Revue du praticien. Pour clarifier la situation, ce mensuel destiné aux généralistes a rassemblé une équipe de spécialistes (urologues, chirurgiens, radiothérapeutes, chimiothérapeutes) et leur a demandé de réaliser une monographie complète de la maladie.

Plusieurs types de cancer de la prostate

De cette étude ressort un message très simple : « Il n’y a pas un cancer de la prostate, mais plusieurs, et deux types en particulier : les cancers agressifs, qu’il faut trouver et traiter pour sauver la vie des gens, et les cancers non agressifs, que l’on peut trouver, mais qu’il ne faut pas traiter », ajoute le professeur Desgrandschamps. D’après la monographie, en France un tiers des hommes souffrant d’un cancer de la prostate seraient justement trop traités, c’est-à-dire opérés et irradiés sans que cela soit indispensable à leur santé. Conséquences : une qualité de vie altérée et, pour 10 % des patients opérés, des séquelles urinaires suite à l’intervention. Et ce n’est pas tout : après une chirurgie, un tiers des hommes seraient impuissants et, après une radiothérapie, 60 à 80 % le deviendraient. Sans parler des répercussions psychologiques. Faut-il pour autant y voir une raison de limiter le dépistage ? « Dépister, c’est la seule façon de trouver les cancers graves à un stade où on peut les guérir, mais il ne faut pas traiter tout le monde, précise le professeur. 50 à 60 % des hommes de 50 ans ont un cancer qui n’est pas grave, c’est aussi le cas de 80 % des hommes de 80 ans. La plupart vivent sans le savoir et jamais ces cancers de les gêneront. » Fréquents et répandus, les cancers non agressifs à évolution très lente ne nécessiteraient donc qu’un suivi régulier, puisqu’il ne pourrait s’agir, selon de nombreux urologues, que d’un signe de vieillissement.

Sources
- « Cancer de la prostate, en fait-on trop ou pas assez ? », François Desgrandchamps, Larevuedupraticien.fr, 20 avril 2014.
- « Cancer de la prostate : plus d’un homme sur trois est traité à tort », Mélanie Gomez, Pourquoi-docteur.nouvelobs.com, 24 avril 2014.

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