Deux ans après un cancer, une épreuve inégale

, par  Pauline Maisterra

Fatigue, douleurs, problèmes de libido : certains symptômes persistent même deux ans après un cancer, et cela de façon inégale selon le sexe et la catégorie socioprofessionnelle des patients. C’est le constat qui ressort de l’enquête « La vie deux ans après un diagnostic de cancer », publiée le mardi 10 juin par l’Institut national du cancer (Inca) et l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm).

Près de 70 % des personnes atteintes d’un cancer du poumon ou de la thyroïde se sentent encore épuisées deux ans après le diagnostic de leur maladie. D’après l’étude « La vie deux ans après un diagnostic de cancer », la fatigue est « le symptôme le plus fréquemment ressenti ». Elle varie toutefois selon le type de cancer et le sexe du malade : 60 % des femmes ayant eu un cancer du sein se sentent encore très fatiguées, contre 30 % des hommes atteints du cancer de la prostate. Selon le rapport, la fatigue « diminue avec l’âge, ainsi qu’avec des revenus plus élevés », autant chez les femmes que chez les hommes.

Des douleurs chroniques

Deux patients sur trois se plaignent de douleurs, ressenties au cours des quinze derniers jours, sur une ou plusieurs parties du corps. Ce sont pour la plupart des femmes, des moins de 50 ans, ainsi que des malades en situation précaire. Autre constat : « Ces douleurs […] sont plus fréquentes chez les personnes atteintes d’un cancer du sein ou du poumon. » L’usage de médicaments reste toutefois modéré : seul 60 % des malades affirment en prendre pour se soulager.

La sexualité, un sujet tabou

Après un cancer, quel qu’en soit le type, la libido diminue : plus de la moitié des personnes interrogées pour l’enquête l’affirme, et pour 20 % d’entre elles, elle disparaît même. Les raisons : les traitements par chimiothérapie et la consommation d’anxiolytiques. D’après l’étude, « ce sont les hommes qui rapportent plus souvent une baisse du nombre de rapports sexuels et qui s’en montrent plus insatisfaits ». Pourtant, le sujet est peu abordé avec l’équipe soignante : seuls 18 % des hommes en ont parlé et 4 % des femmes. Selon les auteurs, « la sexualité étant partie intégrante d’une meilleure qualité de vie, […] il apparaît indispensable de renforcer la communication autour de ces questions afin que les personnes puissent mieux appréhender l’après-cancer ».

Une diminution de la fertilité

A cause des rayons ou de la chimiothérapie, la fertilité baisse aussi. Plus de 35% des hommes et 30% des femmes de moins de 45 ans touchés par la maladie déclaraient qu’ils avaient un projet d’enfant avant leur diagnostic, mais, d’après le rapport, la congélation des spermatozoïdes et des ovules est sous-utilisée en France. Si près de deux tiers des patients affirment qu’on leur a proposé de conserver leurs gamètes avant le début du traitement, au final la conservation n’a été réalisée que chez 15,8 % des hommes et 2,2% des femmes.

Sources
- « La vie deux ans après un diagnostic de cancer, de l’annonce à l’après-cancer », enquête de l’Institut national du cancer (Inca) et l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm), E-cancer.fr, 10 juin 2014.
- « Après la maladie, des années sous le signe du cancer », Eric Favereau, Libération, 10 juin 2014.
- « Deux ans après un cancer, la fatigue est le symptôme le plus fréquent », Brigitte Bègue, Viva.presse.fr, 10 juin 2014.
- « Cancer : la préservation de la fertilité négligée en France », Mélanie Gomez, Pourquoidocteur.fr, 10 juin 2014.

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