Cancer colorectal : les spécialistes attendent toujours les tests de dépistage immunologiques

, par  Delphine Delarue

La Société nationale française de gastro-entérologie (SNFGE) réclame la mise en place rapide du test immunologique pour le dépistage organisé du cancer colorectal. Réputé plus performant et moins contraignant que le test Hemoccult actuellement utilisé, il permettrait de sauver des milliers de vies.

Chaque année en France, le cancer colorectal tue près de 18 000 malades et 42 000 nouveaux cas sont diagnostiqués. Bien que les traitements actuels permettent de guérir plus d’un patient sur deux, cette maladie représente encore la deuxième cause de mortalité par cancer. Selon la Société nationale française de gastro-entérologie (SNFGE), des milliers de vies pourraient être épargnées grâce à la substitution des tests Hemoccult, actuellement utilisés dans le cadre du dépistage organisé, par de nouveaux outils, les tests fécaux immunologiques, réputés plus performants et plus simples d’utilisation. « On peut estimer le nombre de décès évités chaque année à environ 2 500 avec le test Hemoccult, [et il serait de] 5 400 avec le test immunologique », précise la SNFGE, dans un appel publié par Le Monde Sciences et Technologie le 13 janvier. La société scientifique ajoute que cette substitution, recommandée par la Haute Autorité de santé (HAS) depuis 2008, devait débuter, selon le gouvernement, en mars 2013. Aujourd’hui, il y a près « d’un an de retard par rapport à l’engagement de la secrétaire d’Etat à la santé », insiste la SNFGE, bien décidée à faire bouger les choses.

Polybe adénomateux

La plupart des cancers du côlon et de la prostate sont dus à une lésion précancéreuse, le polybe adénomateux, généralement asymptomatique et détecté grâce à la présence de sang (inapparent) dans les selles. C’est la base du programme actuel de dépistage organisé, proposé tous les deux ans à toutes les personnes âgées de 50 à 74 ans. Quand le test de dépistage est positif, une coloscopie est réalisée pour confirmer les suspicions et, si nécessaire, enlever le polybe afin de prévenir l’apparition du cancer. Chez 30 % des nouveaux malades cependant, on retrouve des métastases nécessitant des traitements lourds et très couteux. Malgré tout, le dépistage organisé permet « d’obtenir une diminution de la mortalité par cancer colorectal d’environ un tiers chez les participants », précise la SNFGE.

Défaut de participation

« L’une des limites du programme actuel est une participation insuffisante dans certains départements », notent les spécialistes, qui rappellent que ce dépistage repose aussi sur l’implication active des médecins traitants. Ce sont eux qui proposent le test à leurs patients, et 80 à 90 % des tests qu’ils remettent sont effectués. Les personnes qui ne consultent pas reçoivent quant à elles une invitation de l’Assurance maladie à venir retirer le test de dépistage chez leur médecin traitant. Elles peuvent aussi le recevoir par La Poste, mais dans ce cas le test n’est réalisé que par trois personnes sur dix. Au total, un tiers seulement des personnes concernées font le dépistage, ce qui est largement insuffisant. Or, selon la SNFGE, ce score pourrait être amélioré par l’utilisation des tests immunologiques, beaucoup moins contraignants et pas plus coûteux pour la collectivité.
Contrairement au test Hemoccult, qui nécessite deux prélèvements sur trois selles consécutives, soit six prélèvements, le test immunologique se fait sur un seul prélèvement. Plus précis, il permet aussi de détecter huit cancers sur dix, au lieu de quatre sur dix avec Hemoccult. Les choses sont donc très claires. La SNFGE a demandé un lancement de l’appel d’offres pour l’achat du test immunologique avant la fin du mois de janvier. Les signatures ministérielles étant apposées depuis peu, la balle est désormais dans le camp de la Caisse nationale d’assurance maladie pour l’établissement d’un agenda de mise en œuvre, indique-t-on au service de presse de la société scientifique.

Source
- « Dépistage du cancer colorectal : changer vite pour sauver des vies ! », Société nationale française de gastro-entérologie (SNFGE), 15 janvier 2014.

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