Benzodiazépines : l’ANSM inquiète de la reprise de la consommation

, par  Delphine Delarue

Le dernier état des lieux de l’Agence nationale du médicament et des produits de santé (ANSM) sur la consommation de benzodiazépines, ces molécules prescrites contre l’angoisse et l’insomnie, révèle une nouvelle hausse de la consommation en 2012. L’ANSM met notamment l’accent sur des durées de prescription trop longues et annonce l’élaboration d’un plan d’action destiné à éviter la banalisation du recours à ces produits.

Après une baisse globale depuis 2000, la consommation de benzodiazépines en France est repartie à la hausse en 2010, puis en 2012. Cette année-là, environ 11,5 millions de Français ont consommé au moins une fois ces molécules, parmi lesquelles l’alprazolam (Xanax), le zolpidem (Stilnox) ou le bromazépam (Lexomil), agissant sur le système nerveux central et prescrite, pour leurs propriétés anxiolytiques et hypnotiques, contre l’angoisse et l’insomnie. Au total, 131 millions de boîtes de ces spécialités, à ne pas confondre avec les antidépresseurs – indiqués en cas d’épisodes dépressifs majeurs –, ont été vendues en France, ce qui représente 4 % de la consommation de médicaments. C’est ce que révèle le dernier état des lieux sur la question mené en 2013 par l’Agence nationale de la sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM).
Par ailleurs, si la consommation élevée de benzodiazépines par la population française est à nouveau confirmée – les conclusions d’une précédente étude de l’agence allaient dans le même sens –, l’ANSM met aussi l’accent sur les durées de prescription souvent trop longues. « Bien que l’autorisation de mise sur le marché recommande des durées d’utilisation courtes pour les benzodiazépines, les temps d’exposition sont parfois très supérieurs et se chiffrent en mois, voire en années », précise l’agence.

Cinq mois et demi de traitement en moyenne

Ainsi, le temps d’utilisation annuelle des benzodiazépines anxiolytiques est en moyenne proche de cinq mois et celui des benzodiazépines hypnotiques est d’environ quatre mois, avec 55 % des consommateurs qui les utilisent plus de trois mois consécutifs. Plus de 16 % des consommateurs de benzodiazépines anxiolytiques se procurent leur traitement en continu, avec moins de 64 jours de délai entre deux délivrances et, parmi eux, la moitié consomment leur traitement pendant 5,9 ans sans interruption. Face à de tels chiffres, l’ANSM rappelle que l’utilisation de ces spécialités n’est pas sans risque : « Les effets indésirables sont essentiellement des affections du système nerveux (somnolence, coma, perte de conscience, amnésie), des atteintes psychiatriques (état confusionnel, agitation, pharmacodépendance, abus) et des chutes particulièrement dangereuses chez le sujet âgé. » Les benzodiazépines ont aussi la particularité d’induire un phénomène de tolérance caractérisé par une diminution progressive de l’effet thérapeutique, ce qui peut conduire le patient à augmenter les doses. Si la durée de prescription et les doses sont trop importantes, un phénomène de dépendance physique ou psychique peut aussi apparaître, entraînant alors un syndrome de sevrage important (insomnie, irritation…) à l’arrêt du traitement.

Risques potentiels de démence

Déjà connus, ces effets indésirables ont été complétés plus récemment par la suspicion de liens entre la prise de benzodiazépines et la survenue d’une démence chez les personnes âgées. Une étude française menée sur les plus de 65 ans pendant vingt ans et publiée en 2012 a « montré que le risque de démence est augmenté chez les sujets nouveaux consommateurs de benzodiazépines durant le suivi », rappelle l’ANSM. Face à ces risques et pour mieux encadrer les prescriptions, dont près de 90 % sont effectuées par des médecins libéraux – des généralistes à 90 % –, l’agence a annoncé son intention d’élaborer un nouveau plan d’action sur ces molécules qui sera présenté aux autorités sanitaires en 2014. Objectif : « mieux informer professionnels de santé et patients sur leurs risques afin de prévenir la banalisation de leur recours », sachant tout de même que « les benzodiazépines, quand elles sont bien utilisées, constituent des médicaments indispensables dans l’arsenal thérapeutique ».

Sources
- « Etat des lieux de la consommation des benzodiazépines en France », Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM), décembre 2013.

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