Le baclofène autorisé temporairement pour soigner l’alcoolisme

, par  Delphine Delarue

Prescrit en France depuis une quarantaine d’années comme relaxant musculaire, le blacofène devrait, d’ici la fin du mois, se voir accorder une recommandation temporaire d’utilisation (RTU) délivrée par l’agence du médicament pour traiter l’alcoolisme. Jusqu’ici, la molécule ne bénéficiait d’aucune autorisation de mise sur le marché (AMM) pour cette indication, alors qu’elle est de plus en plus prescrite officieusement pour soigner, apparemment avec succès, les patients alcoolo-dépendants.

Une première victoire pour les associations de patients alcoolo-dépendants et pour certains spécialistes : le baclofène, un médicament prescrit officiellement depuis quarante ans comme relaxant musculaire, devrait d’ici la fin du mois se voir accorder une recommandation temporaire d’utilisation (RTU) pour traiter l’alcoolisme, a annoncé le 3 juin le directeur de l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM), Dominique Marininchi. Une indication pour laquelle ce myorelaxant ne bénéficiait pas jusqu’à présent d’autorisation de mise sur le marché (AMM). Il pourra désormais être prescrit dans un cadre réglementaire par les médecins qui le plébiscitent depuis quelques années, en particulier depuis la sortie du livre Le dernier verre, en 2008. Dans cet ouvrage, le cardiologue français Olivier Ameisen raconte comment il a soigné son alcoolisme grâce au baclofène. Ce traitement, qui serait efficace à 58 % selon une étude parue dans la revue Alcohol and Alcoholism en mars 2012, est déjà utilisé officieusement pour soigner environ 50 000 buveurs excessifs en France. Selon la Caisse nationale d’assurance maladie (Cnam), sa prescription hors AMM, qui se fait aux risques et périls du médecin, a même augmenté de 29 % l’an passé, alors que l’efficacité du produit et son rapport bénéfice-risque n’ont pas encore été évalués et validés par les autorités sanitaires.

Mesure exceptionnelle

En attendant les résultats de deux essais cliniques en cours sur l’efficacité réelle de ce produit et sur ses effets secondaires, l’ANSM a donc utilisé pour la première fois la possibilité qu’elle a d’encadrer les prescriptions non conformes à l’AMM grâce à la RTU. Cette mesure peut être prise pour trois ans par l’agence lorsqu’il n’existe pas d’autre alternative thérapeutique disposant d’une AMM pour une pathologie donnée. Si les associations de patients se satisfont de cette autorisation réclamée de longue date, certaines précisent tout de même qu’il ne s’agit pas d’un médicament miracle, mais d’une arme de plus dans la lutte contre l’alcoolisme. Et comme le note le docteur Alain Rigot, président de la Fédération française d’addictologie (FFA), dans les colonnes de Libération : « Contre l’alcoolisme, il n’y a pas de baguette magique. L’approche médicamenteuse ne doit pas faire oublier l’accompagnement des malades sur le plan psychosocial. » Rappelons que dans notre pays 1,5 million de patients sont alcoolo-dépendants et 3,5 millions de personnes souffrent de consommation excessive.

Sources
- « Alcoolisme : le baclofène sort de la clandestinité », Séverin Graveleau, Liberation.fr, 4 juin 2013.
- « Alcoolisme : le baclofène va recevoir une recommandation temporaire », AFP, Liberation.fr, 3 juin 2013.
- « Alcool : l’agence du médicament autorise temporairement le baclofène », Viva-presse.fr, 3 juin 2013.
- « Baclofène et traitement de l’alcoolo-dépendance : l’ANSM autorise deux essais cliniques », point d’information de l’ANSM, novembre 2012.

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