Antibiotiques : les Français en consomment toujours trop

, par  Isabelle Coston

Médecins et associations de patients s’unissent pour mettre en garde contre les dangers de la prise systématique d’antibiotiques, une constante typiquement française. Bien que celle-ci soit régulièrement dénoncée par les spécialistes, elle reste malheureusement d’actualité et la consommation de ces médicaments repart même à la hausse.

Des médecins et des associations de patients, comme la Fédération française des diabétiques, ont rappelé mercredi 31 janvier, dans les colonnes du Parisien, les dangers de la surconsommation d’antibiotiques et demandent aux Français de changer leurs habitudes.
Malgré les campagnes d’information successives expliquant que « les antibiotiques, c’est pas automatique », les patients français semblent en effet n’avoir toujours pas mesuré les risques sanitaires, puisque le pays reste au-dessus de la moyenne européenne concernant la prise de ces médicaments. Leur consommation a même bondi de presque 9 % au cours des dix dernières années. S’appuyant sur l’étude réalisée par Sirius Health*, les médecins révèlent une hausse de l’antibiorésistance responsable de plus de 12 000 morts et de 150 000 infections par an. « Les campagnes nationales se sont épuisées. Il faut restimuler les esprits », constate le professeur François Bricaire, infectiologue à la Pitié-Salpêtrière (Paris XIIIe), dans Le Parisien. Une grande campagne nationale devrait être lancée en 2019, apprend-on dans le quotidien.

Un grave problème de santé publique

Largement prescrits en hiver pour lutter contre les infections, les antibiotiques sont considérés par beaucoup comme l’unique solution pour se soigner. Pourtant, ils seraient « inutiles dans 30 % des cas », affirme Le Parisien, notamment parce qu’ils sont souvent « inadaptés à la maladie diagnostiquée ». Le journal rappelle que les antibiotiques ne sont efficaces que contre les maladies d’origine bactérienne : ils ne sont d’aucune utilité pour combattre les virus tels que ceux de la grippe, de la rhinopharyngite aiguë ou encore de l’angine d’origine virale. Pire, leur surconsommation entraîne une antibiorésistance. L’Organisation mondiale de la santé (OMS) a d’ailleurs exprimé dans un récent communiqué son inquiétude face à « des niveaux élevés de résistance à plusieurs infections bactériennes graves, tant dans les pays à revenu élevé que dans les pays à revenu faible ».

Des bactéries toujours plus coriaces

Il est de plus en plus difficile de se débarrasser de bactéries qui sont devenues résistantes aux antibiotiques. Pour certaines infections cutanées, par exemple, « le nombre de séjours hospitaliers continue d’augmenter : + 5 % entre 2014 et 2016, tout comme certaines formes de surinfections », illustre Le Parisien, toujours selon les données fournies par l’étude Sirius Health. Le professeur Bricaire évoque le cas préoccupant des personnes fragiles, âgées ou immuno-déprimées, dont l’organisme n’a pas les ressources nécessaires pour se défendre. Comme il est toujours délicat pour le médecin de refuser de prescrire des antibiotiques à un patient qui lui en demande, il faut que la prise de conscience vienne du grand public.

* Etude en vie réelle (données hospitalières 2014-2016) réalisée en décembre dernier.

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