Des antibiotiques trop rapidement abandonnés ?

, par  Enrique Moreira

Pas assez rentables, coûteux en termes de recherche scientifique et trop réglementés, les antibiotiques sont de plus en plus abandonnés par les grands groupes de l’industrie pharmaceutique. Or, pour les microbiologistes et les spécialistes des maladies infectieuses, le risque sanitaire est de plus en plus important.

Il faudrait avoir vécu sur Mars ces dix dernières années pour ne jamais avoir entendu le slogan « Les antibiotiques, ce n’est pas automatique ! ». Ce message de prévention avait un objectif précis : faire comprendre aux Français et à leurs médecins que le recours systématique aux antibiotiques était nocif. Pourquoi ? Simplement parce que les maladies infectieuses sont capables de s’adapter au point de pouvoir résister à cette forme de traitement.

Un marché trop difficile

Le pendant de ce discours préventif, c’est que les industries pharmaceutiques délaissent désormais un marché qu’ils jugent trop difficile. A ce jour, « le nombre de nouveaux antibiotiques est en chute libre », résument Les Echos. Les industriels mettent en avant un secteur peu rémunérateur, dans lequel les nouvelles molécules sont difficiles à trouver et qui demande beaucoup d’investissement en termes de recherche scientifique. A cela s’ajoute que, lorsqu’un nouvel antibiotique arrive sur le marché, son emploi est restreint, justement pour éviter l’apparition de résistances. Conséquence : le retour sur investissement met du temps à se faire.
Par ailleurs, les exigences sur les essais cliniques ne sont pas adaptées aux spécificités des antibiotiques. Il est impossible, par exemple, de prouver l’efficacité d’une molécule avant sa mise sur le marché. Pour cela, il faudrait en effet la tester sur un grand nombre de personnes, or il est impossible, d’un point de vue sanitaire, de laisser une infection se propager de la sorte.
Du coup, « le nombre de grands laboratoires pharmaceutiques actifs dans [la recherche de nouveaux antibiotiques] a lui aussi diminué », relevait une étude de la Société américaine des maladies infectieuses publiée récemment.

25 000 décès par ans

Pourtant, « face à l’émergence croissante de nouvelles résistances, le faible taux de renouvellement de l’arsenal antibiotique risque de nous ramener à l’époque où les antibiotiques n’existaient pas », s’inquiétait la Société européenne de microbiologie clinique et des maladies infectieuses lors de son congrès, organisé à Berlin, en avril.
Malgré le message de prévention contre l’utilisation automatique de ce mode de traitement, les infections résistantes ont en effet continué à se développer. On estime que 25 000 décès par an en Europe sont imputables à ces dernières. Les maladies infectieuses sont la deuxième cause de mortalité dans le monde. Or, pas de médecine moderne sans antibiotiques : tout ce qui touche au système immunitaire, comme la chimiothérapie, la chirurgie…, doit être compensé par ce mode de traitement. De nouvelles molécules permettraient de ne pas utiliser celles auxquelles les bactéries sont désormais résistantes.

Source
- « Les bactéries résistantes aux antibiotiques », note d’analyse 299, Commissariat général à la stratégie et à la prospective, Strategie.gouv.fr, 15 novembre 2012.

DOSSIERS

Et si c’était la thyroïde ?

Vous vous sentez énervé, stressé, fatigué et un peu déprimé ? Votre thyroïde vous joue peut-être des tours. En s’emballant ou en devenant au contraire un peu paresseuse, cette petite glande endocrine, véritable chef d’orchestre du fonctionnement de nos organes, gâche la vie de plus de 6 millions de (...)

Quand les bactéries résistent aux antibiotiques

L’antibiorésistance constitue aujourd’hui l’une des plus graves menaces qui pèsent sur la santé mondiale. De plus en plus d’infections bactériennes deviennent difficiles à traiter car les médicaments perdent de leur efficacité. Chacun peut être touché, quel que soit son sexe, son âge ou son pays (...)

SOULAGER la douleur de l’enfant

Longtemps sous-estimée, voire totalement négligée, la prise en charge de la douleur chez l’enfant s’est beaucoup améliorée au cours des vingt dernières années. Elle reste cependant encore très inégale et trop souvent réduite à une simple prise de médicaments. Or, que ce soit en ville ou à l’hôpital, une (...)

Cuisiner, c’est bon pour la santé

Choisir des produits sains et se préparer à manger plutôt que recourir à des plats industriels est un moyen simple de préserver sa santé, d’autant qu’il n’est pas nécessaire d’être un véritable cordon-bleu pour se faire du bien. Cuisiner est aussi un formidable moyen de partager : faire découvrir aux (...)

ARTICLES RÉCENTS