Antibiorésistance : les Nations unies se mobilisent pour éviter une catastrophe sanitaire et économique mondiale

, par  Isabelle Coston

Au cours de l’assemblée générale des Nations unies du 21 septembre, les dirigeants mondiaux se sont engagés à lutter collectivement contre la propagation des infections résistantes aux médicaments antimicrobiens, qui met en danger la santé des populations et l’équilibre économique mondial.

Plus d’une soixantaine de délégations, la directrice générale de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), Margaret Chan, et des représentants de la société civile et de l’industrie pharmaceutique se sont réunis le mercredi 21 septembre au siège des Nations unies, à New York, pour débattre des « superbactéries » et de l’antibiorésistance, qui, comme l’a déclaré le secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-Moon, représentent aujourd’hui « une menace fondamentale, à long terme pour la santé humaine, la production durable de nourriture et le développement ».
Après le VIH, les maladies non transmissibles et la maladie à virus Ebola, c’est la quatrième fois seulement qu’un thème de santé est abordé aux Nations unies. Si l’antibiorésistance est au menu de cette 71e assemblée générale, c’est que la situation est alarmante et nécessite de prendre des mesures urgentes au niveau international. Ban Ki-Moon a donc encouragé les Etats à réduire la résistance aux agents antimicrobiens par un engagement à long terme et une véritable coopération entre plusieurs secteurs.

Risque pour la sécurité sanitaire

Les antimicrobiens, dont font partie les antibiotiques, ont permis de sauver des millions de vies depuis qu’ils ont été découverts et utilisés pour soigner les infections, dès la première moitié du XXe siècle. Hélas, leur utilisation massive et parfois inappropriée, notamment pour traiter des infections d’origine virale, a eu pour conséquence l’apparition de résistances chez les bactéries. Aujourd’hui, ce sont tous les médicaments anti-infectieux (antimicrobiens), à savoir les antibiotiques, les antiviraux, les antiparasitaires et les antifongiques, qui risquent de devenir inefficaces. Si rien n’est fait, on ne pourra bientôt plus traiter des maladies courantes comme la pneumonie, la gonorrhée (maladie sexuellement transmissible), les infections postopératoires, les infections urinaires, le VIH, la tuberculose ou encore le paludisme. Actuellement, ce phénomène serait la cause de 700 000 morts par an dans le monde, dont 13 000 en France. D’après une récente étude commandée par le gouvernement britannique, l’antibiorésistance pourrait même entraîner dix millions de décès par an d’ici à 2050.

Menace économique

Les conséquences seront aussi économiques, puisque selon les experts britanniques, en 2050, les coûts directs et indirects de la résistance aux agents antimicrobiens pourraient s’élever à 100 000 milliards de dollars, soit 2 à 3,5 % du PIB au niveau mondial.
Le secrétaire général Ban Ki-Moon a souligné l’urgence d’agir, pour ne pas réduire à néant les progrès réalisés dans la lutte contre le VIH-sida, la tuberculose et le paludisme. Il a mis en garde contre l’inaction, qui rendrait impossible l’objectif de la couverture santé universelle, compromettrait la production alimentaire et vouerait à l’échec le Programme de développement durable à l’horizon 2030.
Keith Hansen, de la Banque mondiale, a quant à lui évoqué « un véritable problème économique », expliquant que quelque 28 millions de personnes pourraient sombrer dans la pauvreté au cours des trente prochaines années.

Une priorité désormais mondiale

Les dirigeants présents à la réunion ont pris toute la mesure du problème et ont réaffirmé leur engagement à élaborer des plans d’action nationaux se basant sur le « Plan d’action mondial pour lutter contre la résistance aux antimicrobiens » que l’OMS a élaboré en 2015 en coordination avec l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) et l’Organisation mondiale de la santé animale (OIE). Ils ont promis de mettre en place des systèmes de surveillance des infections pharmacorésistantes, de contrôler la quantité d’antimicrobiens utilisée chez les êtres humains, les animaux et sur les cultures, de renforcer la coopération et d’augmenter les financements internationaux pour développer la recherche, les vaccins, les technologies de diagnostic et trouver des alternatives innovantes aux antibiotiques. Un premier bilan des actions menées sera présenté en septembre 2018, à l’occasion de la prochaine assemblée générale de l’ONU.

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