Amiante : jusqu’à 100 000 décès attendus d’ici à 2050

, par  Delphine Delarue

Selon un récent rapport du Haut Conseil de la santé publique (HCSP), l’amiante, largement utilisé pendant des décennies en France dans les secteurs de la construction et de l’industrie, pourrait être responsable de la mort par cancer de dizaines de milliers de personnes dans les années à venir.

L’amiante, cette fibre minérale naturelle massivement utilisée en France comme isolant bon marché pendant des décennies, n’a pas fini de faire parler de lui : d’après un récent rapport du Haut Conseil de la santé publique (HCSP), entre 68 000 et 100 000 décès pourraient lui être attribués d’ici à 2050. Dans le détail, l’estimation du nombre de morts attendu serait de l’ordre de 50 000 à 75 000 par cancer du poumon, chiffres auxquels s’ajoutent les 18 000 à 25 000 autres décès dus au mésothéliome (un cancer de la plèvre attribué à l’amiante dans 80 % des cas), et ce « sans compter d’autres cancers tels que ceux du larynx ou des ovaires pour lesquels la responsabilité de l’amiante a été confirmée par le Circ (Centre international de recherche sur le cancer, NDLR) en 2009 », ajoute le rapport. Le HCSP précise en outre que le matériau a déjà causé, entre 1995 et 2009, le décès de 61 300 à 118 400 personnes, alors qu’il est interdit dans notre pays depuis 1997. Les cancers qu’il provoque n’apparaissent en effet que de nombreuses années après l’exposition (vingt à quarante ans, voire plus).

Une réglementation mal appliquée

Les délais d’apparition de la maladie ne sont cependant pas, et de loin, la seule explication à des chiffres aussi élevés. Depuis 1996, tous les bâtiments sont soumis à une réglementation selon laquelle, au-delà d’un seuil d’empoussièrement des locaux de cinq fibres d’amiante par litre d’air, des travaux de désamiantage ou de confinement des matériaux amiantés doivent être entrepris. Problème : les mesures de repérage et de traitement ne sont pas suffisamment ni correctement effectuées pour éviter totalement l’exposition des populations. Il serait donc « illusoire » d’abaisser ce seuil à deux fibres par litre, comme le réclame certains experts, « tant que la réglementation actuelle n’est pas appliquée ». Une réglementation que le HCSP souhaite voir améliorée « dans les plus brefs délais » par des mesures concernant la qualité des pratiques de repérage, de mesure, de réalisation des travaux et de gestion des déchets amiantés. Pour toutes ces raisons, l’instance n’envisage pas d’abaissement du seuil avant le 1er janvier 2020.

Colère de l’Andeva

Cette position n’est évidemment pas partagée par l’Association nationale de défense des victimes de l’amiante (Andeva). Dans un communiqué, celle-ci exhorte le ministère de la Santé à ne pas suivre l’avis du HCSP et à « abaisser sans tarder le seuil de gestion du risque amiante dans les bâtiments […], conformément aux recommandations de l’Anses (Agence nationale de sécurité sanitaire, NDLR) ». En 2009, cette dernière (l’Afsset à l’époque) avait en effet déjà préconisé un seuil de 0,5 fibre par litre. Il faut savoir qu’en matière d’amiante il n’existe pas de seuil d’exposition en dessous duquel le risque est nul. En clair, comme le résume la direction scientifique de l’Anses citée dans un article du Monde, Lemonde.fr, « moins on est exposé, mieux on se porte »...

Sources
- « Amiante : entre 68 000 et 100 000 décès d’ici à 2050 », Liberation.fr-AFP, 22 août 2014.
- « Amiante : l’Anses préconise de diviser par dix les seuils d’expositio », Emeline Cazi, Lemonde.fr, 11 décembre 2013.
- « L’amiante pourrait faire jusqu’à 100 000 morts d’ici à 2050 », Lemonde.fr-AFP, 22 août 2014.
- « Repérage de l’amiante, mesures d’empoussièrement et révision du seuil de déclenchement des travaux de retrait ou de confinement des matériaux contenant de l’amiante », Haut Conseil de la santé publique, juin 2014.

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