Les allergologues en demande de reconnaissance

, par  Juliette Bencivengo

Alors que le nombre de personnes allergiques en France a doublé au cours des vingt dernières années, celui des allergologues est en chute libre. Cette spécialité n’est en effet pas reconnue dans l’Hexagone, ce qui n’incite pas les médecins à se spécialiser.

Le printemps est revenu, et avec lui son lot de rhinites allergiques, devenues très fréquentes en France : pas moins de 20 % des adultes y sont sujets. Il n’y a d’ailleurs pas que les rhinites qui posent problème. En vingt ans, la proportion de personnes allergiques – toutes formes d’allergie confondues – a doublé. Une personne sur quatre y est désormais sensible : 10 % des enfants sont asthmatiques, 15 à 20 % sont atteints d’eczéma et 4 à 8 % des enfants en âge préscolaire souffrent d’une allergie alimentaire. Et attention : certains cas sévères peuvent mener à une hospitalisation, voire au décès.
Pourtant, en France, contrairement à de nombreux pays européens, l’allergologie n’est pas une spécialité reconnue. Un médecin généraliste ou un spécialiste peut choisir de suivre une formation complémentaire en allergologie après son apprentissage initial et traiter ainsi davantage de pathologies. Il est effectivement utile qu’un pédiatre puisse, par exemple, prendre en charge les éventuelles allergies de l’enfant qu’il suit.
Toutefois, ce sont des pathologies aux manifestations souvent multiples, qui nécessitent de voir plusieurs spécialistes. Ainsi, une personne atteinte de rhinite allergique sera orientée vers un oto-rhino-laryngologue (ORL), mais si elle développe en plus un eczéma, elle devra aussi consulter un dermatologue, et ainsi de suite. Un seul médecin – un allergologue – serait donc la solution idéale, à la fois pour simplifier le parcours de soins et pour se concentrer sur le besoin grandissant de compétences en matière d’allergologie.
La France ne compte aujourd’hui que 2 050 médecins allergologues, soit 1 praticien pour 30 670 habitants. Ce sont déjà 13 % de moins qu’en 2002, et la situation va empirer d’ici à 2020 : il n’y aura alors plus que 1 710 médecins allergologues, soit 1 pour 37 323 habitants.

Une exception française

Cette diminution s’explique par deux facteurs. Le premier est directement lié à l’âge moyen des allergologues, 57 ans (source : Inserm), qui ne seront pas remplacés lors de leur départ en retraite. Le second est quant à lui lié à une particularité française : il n’existe pas dans le système hexagonal d’internat d’allergologie et la spécialité n’est pas reconnue à part entière, comme le sont par exemple l’ophtalmologie ou l’oncologie. La discipline, moins reconnue, en devient moins attrayante, mettant en péril des vocations qui pourtant existent. La sonnette d’alarme a déjà été tirée, et le Xe Congrès francophone d’allergologie, qui s’est tenu du 21 au 24 avril dernier à Paris, s’est préoccupé de cette indigence française. Afin d’améliorer la prise en charge des patients toujours plus nombreux, les spécialistes demandent la création d’un internat d’allergologie pour endiguer la disparition des médecins allergologues. La réforme du troisième cycle prévue en 2016 pourrait apporter une solution.

Sources
- « Les allergologues veulent être reconnus », Viva, 23 avril 2015.
- « De plus en plus d’allergiques et de moins en moins d’allergologues ! », Le Parisien, 23 avril 2015.

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