Allergies respiratoires : spécialistes et patients font des propositions

, par  Isabelle Coston

Les allergies respiratoires sont en plein boom, elles s’aggravent et deviennent de plus en plus difficiles à soigner. Pour susciter une prise de conscience et faire reconnaître ces maladies comme des enjeux sanitaires et économiques majeurs, les allergologues publient un livre blanc.

Allergologues et pneumologues profitent du climat printanier... et politique (élections présidentielle et législatives obligent) pour tenter de faire prendre conscience au grand public et aux candidats de l’explosion d’un phénomène jusque-là sous-estimé : la hausse du nombre de cas d’allergies respiratoires et l’aggravation de ces pathologies. Dans un livre blanc publié le 21 avril, la Société française d’allergologie (SFA) et l’association de patients Asthme et Allergies demandent un plan d’action national et formulent dix propositions.

Un phénomène qui prend de l’ampleur

« Les allergies respiratoires sont au premier rang des maladies chroniques de l’enfant et de l’adolescent. Leur prévalence a triplé en trente ans en France et en Europe », déclare le député Gérard Bapt en introduction du livre blanc. Il appelle à une « mobilisation de l’ensemble des acteurs pour une prise en charge globale et coordonnée des allergies respiratoires sévères ». Les spécialistes constatent en effet que les allergies, toujours considérées comme les corollaires inévitables de l’arrivée du printemps, sont encore largement sous-estimées. La simple rhinite accompagnée d’éternuements, communément appelée rhume des foins, fait pourtant déjà partie de l’histoire ancienne. Avec les nouveaux modes de vie et de consommation et la pollution, cette affection courante s’est transformée et a évolué à une vitesse inquiétante vers des formes plus sévères, en se combinant à d’autres types d’allergies, par exemple les allergies alimentaires. « Le nombre de patients souffrant de poly-allergie, c’est-à-dire allergiques à plusieurs allergènes, a considérablement augmenté, entraînant de facto une complexification de leur profil allergique », expliquent les spécialistes, qui mettent en garde contre une banalisation dangereuse : « Cette tendance est loin d’être anodine. Comparativement à des patients mono-allergiques, les patients poly-allergiques, notamment alimentaires et respiratoires, ont un risque accru de développer un asthme sévère caractérisé par une aggravation des symptômes classiques de la pathologie pouvant mener jusqu’à l’hospitalisation. » Ils se disent extrêmement inquiets de ces combinaisons, qui peuvent même se révéler mortelles : « Plus préoccupant, le risque de choc anaphylactique alimentaire est également plus élevé chez les patients asthmatiques que chez les patients seulement allergiques alimentaires non asthmatiques. »

Adapter le système de santé

Les auteurs insistent sur la nécessité d’une « prise en charge précoce et adaptée », car « plus l’asthme est sévère, plus les hospitalisations sont fréquentes : en France, 15 000 personnes sont hospitalisées chaque année pour une crise d’asthme et 1 000 personnes âgées de moins de 65 ans en décèdent », préviennent-ils. Réduire l’errance thérapeutique des patients allergiques avant de consulter un allergologue, qui est de sept ans en moyenne en France, est une priorité, car ce sont « autant d’années perdues durant lesquelles la maladie, très souvent bénigne à l’origine, s’est le plus souvent aggravée ». Ils saluent la reconnaissance, fin 2016, de l’allergologie comme spécialité universitaire, mais pointent le manque cruel de spécialistes, puisque seulement 1 200 allergologues exercent actuellement en France, soit un pour 10 000 patients.
Pour une sensibilisation à grande échelle, labelliser les allergies respiratoires « Grande Cause nationale » dès 2018 figure en tête des propositions des spécialistes. Ces derniers préconisent par ailleurs de mener une réflexion collective sur l’impact du changement environnemental sur la complexification des allergies respiratoires, de mettre l’accent sur la formation des professionnels de santé ou encore d’améliorer la prise en charge des traitements d’immunothérapie par l’Assurance maladie.

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