Allergies alimentaires : halte aux idées reçues

, par  Isabelle Coston

« Allergique aux fruits de mer, je ne peux pas passer certains examens d’imagerie médicale »
Les personnes concluent souvent qu’elles sont allergiques à l’iode lorsqu’elles le sont aux crustacés. Elles se trompent, affirme Martine Drouet, responsable de l’unité d’allergologie au CHU d’Angers. « C’est une “vraie-fausse” croyance. Les allergies aux fruits de mer ne sont pas dues à l’iode en soi, mais à d’autres molécules », précise-t-elle. Mais alors pour quelles raisons certains médecins demandent-ils à leurs patients s’ils sont allergiques à l’iode avant de leur faire passer un scanner ? « Des radiologues continuent de véhiculer cette fausse croyance en administrant des corticoïdes aux personnes allergiques aux fruits de mer avant l’injection de produit de contraste iodé parce qu’ils pensent, à tort, que celui-ci peut entraîner une réaction allergique », répond l’allergologue. Or l’iode n’est pas un allergène. La meilleure preuve, c’est que cet atome se trouve à l’état naturel dans le corps humain.

« Allergique aux œufs, mon enfant ne peut pas être vacciné »

Des embryons de poulet sont parfois utilisés dans la préparation de vaccins, comme celui contre la grippe ou celui contre la rougeole, les oreillons et la rubéole (ROR). « Sur certains enfants, qui sont très allergiques, qui ne supportent les œufs ni crus, ni cuits, ni en petites doses, nous pratiquons des tests, indique Martine Drouet. Bien souvent, il n’y a pas de réactivité aux vaccins. D’ailleurs, les embryons de poulet sont de moins en moins utilisés pour les vaccins », poursuit-elle. Et d’ajouter : « Nous dédramatisons l’allergie auprès des familles en leur expliquant que l’enfant absorbe bien souvent de l’œuf en petite quantité, lorsqu’il mange un gâteau par exemple. » De plus, les enfants allergiques aux œufs voient souvent leurs allergies s’améliorer d’elles-mêmes.

« Les tests d’allergie vendus sur Internet permettent d’adapter son alimentation en fonction de ses risques personnels »

Ces tests, réalisés à partir d’un prélèvement de sang, sont inutiles : ils ne feront au mieux que détecter une sensibilité et risquent de déboucher sur des conclusions erronées et confuses. Il serait idiot, voire néfaste pour la santé, de se priver de tel ou tel aliment parce que l’on soupçonne une allergie. Les tests d’allergie doivent impérativement être effectués par un allergologue.

« Le régime d’éviction totale, à vie, est la seule réponse possible à l’allergie alimentaire »

Martine Drouet est catégorique : l’éviction ne doit pas être systématique. « Certains enfants guérissent spontanément de leur allergie. » Il y a quelques années, les régimes d’éviction préconisés par les allergologues étaient très stricts et, avec le recul, on suspecte fortement que cela n’a pas été très favorable en termes d’acquisition d’une tolérance naturelle. « La meilleure façon de soigner une allergie, c’est de réintroduire de petites doses de l’aliment quand elles sont bien tolérées. La réintroduction graduelle présente deux avantages : d’abord amener à une tolérance progressive, puis améliorer la qualité de vie, car l’éviction totale est très difficile à vivre avec notre mode de vie moderne », explique-t-elle.

« De nombreuses personnes sont allergiques aux colorants industriels »

« C’est faux, déclare Martine Drouet. Il existe toutefois un colorant rouge, le E120, dérivé de la carapace de cochenille, qui peut être allergisant. Il y a des soupçons d’allergie croisée avec la crevette, mais c’est anecdotique. L’E102, un colorant jaune appelé tartrazine, avait mauvaise réputation, en particulier auprès des patients intolérants à l’aspirine et aux anti-inflammatoires non stéroïdiens. Nous savons désormais que cette association n’est pas fondée et qu’il n’y a aucune raison de contre-indiquer la tartrazine. »

« La fraise est très allergisante, comme la plupart des fruits rouges »

« Il y a très peu d’allergies aux fruits rouges, et notamment à la fraise, assure la spécialiste. L’histamine contenue dans la fraise peut provoquer une réaction chez les tout-petits, mais c’est exceptionnel. » Dans ce cas, il s’agit plus probablement d’une intolérance : l’enfant a consommé une trop grande quantité de fraises, ce qui a provoqué une réaction cutanée, de type urticaire. Mais ce n’est pas une allergie, car il n’y a aucune réaction immunitaire due aux anticorps de l’allergie (immunoglobulineE ou igE).

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