Aider les médecins à repérer les patientes victimes de violences conjugales

, par  Isabelle Coston

Parce que les professionnels de santé sont en première ligne pour aider les femmes qui seraient victimes de violences au sein du couple, la Haute autorité de santé (HAS) leur donne des clés pour agir.

La HAS émet des recommandations pour aider les professionnels de santé de premiers recours, du médecin généraliste au dentiste, à mieux détecter les patientes susceptibles de subir des violences de la part de leur conjoint. L’autorité sanitaire passe en revue un grand nombre d’indices qui doivent les alerter, notamment des marques de coup, des plaintes au sujet de douleurs restant floues, une forte résistance à la douleur, en particulier lors de soins dentaires, des IVG répétées, des signes de dépression ou encore des problèmes d’addiction. « En France, une femme meurt tous les deux jours sous les coups de son conjoint ou ex-conjoint et 219 000 femmes subissent chaque année des violences au sein de leur couple, rappelle la HAS. Repérer au plus tôt ces situations est crucial et peut sauver des vies. Les professionnels de santé ont à ce titre un rôle clef à remplir. » Les chiffres sont éloquents : sur dix femmes présentes dans les salles d’attente des médecins, trois à quatre seraient victimes de violences conjugales. Comme ces violences peuvent concerner des femmes de tous âges et de toutes catégories socioprofessionnelles, l’autorité recommande aux médecins d’interroger systématiquement, sans aucune distinction, chacune des patientes qu’ils reçoivent dans leur cabinet, « même en l’absence de signe d’alerte ».

Des outils pour repérer et protéger les victimes

La HAS met pour cela à leur disposition une fiche-outil qui recense les questions à poser en fonction du contexte, comme « Comment vous sentez-vous à̀ la maison ? », « Comment votre conjoint se comporte-t-il avec vous ? » ou « Avez-vous déjà été victime de violences (physiques, verbales, psychiques, sexuelles) au cours de votre vie ? ». Elle attire l’attention des professionnels de santé sur certains comportements « inhabituels ou inadaptés » chez les enfants (repli sur soi, hyperactivité…) ou de la part du conjoint. « Un partenaire accompagnant trop impliqué, [qui] répond à la place de sa partenaire, minimise les symptômes, ou tient des propos méprisants et disqualifiants », par exemple, doit amener le médecin à soupçonner une maltraitance.

Les actions à mettre en œuvre

Dans une seconde fiche synthétique, les médecins trouvent des informations sur les démarches à effectuer pour accompagner les patientes. Celles-ci sont listées et regroupées en fonction du degré de gravité de la situation. Hospitalisation immédiate, mise en sécurité en centre d’hébergement d’urgence, conseil pour déposer une main courante ou une plainte à la police, signalement auprès du procureur de la République, établissement d’un certificat médical ou d’une attestation professionnelle… sont autant de mesures sur lesquelles les professionnels de santé sont informés dans cette fiche. Les numéros d’urgence (Violences Femmes Info : 3919, demande d’hébergement d’urgence : 115) et les sites d’information (Stop-violences-femmes.gouv.fr et Declicviolence.fr) y figurent également.

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