Acouphènes : le bruit et la douleur

, par  Vincent Portois

La XXIe Journée nationale de l’audition, le 8 mars 2018, a permis de mettre en lumière les acouphènes et l’hyperacousie. Ces troubles chroniques toucheraient 20 % de la population mondiale et entre 14 et 17 millions de Français tous âges confondus, dont 2 à 4 millions seraient particulièrement en souffrance.

Différentes causes peuvent provoquer des acouphènes. Ils apparaissent bien souvent à la suite d’un traumatisme sonore ou d’une maladie de l’oreille, mais aussi parfois après un choc émotionnel ou après la prise de médicaments ototoxiques. Il en résulte des bruits continus de type bourdonnements, chuintements, tintements ou sifflements, que la personne atteinte est seule à entendre : c’est dur à vivre et socialement isolant. Cette sensation de gêne peut, dans les cas les plus graves, s’accompagner d’hyperacousie : une intolérance à certains bruits, une hypersensibilité encore plus invalidante. Dans une enquête* réalisée par l’Ifop, l’association JNA et ses experts scientifiques et médicaux, l’association France Acouphènes et la Fondation pour l’audition, on constate que l’hyperacousie touche 8 % des personnes sondées et apporte elle aussi son lot d’angoisses, de stress et de troubles du sommeil.
D’autres chiffres sont source d’inquiétudes pour l’association JNA. Par exemple, 82 % des Français interrogés disent avoir « des difficultés à comprendre des conversations lorsqu’il y a du bruit », ils sont même 92 % chez les moins de 25 ans et 86 % chez les moins de 35 ans.

Soulager le problème

Un quart des Français souffrent ainsi d’un problème dont les mécanismes précis sont difficilement décelables. S’il est avéré que les agressions extérieures jouent pour beaucoup, notamment les décibels dépassant la limite du raisonnable (concerts ou écoute au casque audio trop forte...), certains acouphènes trouveraient leur origine à l’intérieur du corps, en lien avec une hypertension artérielle, une l’anémie, voire un plombage dentaire.
Il n’existe pas encore de médicaments pouvant dompter définitivement les acouphènes, mais il est possible d’atténuer cette douleur chronique en suivant des protocoles d’accompagnement avec des sophrologues, des médecins ORL, des audioprothésistes, des ostéopathes… Même si actuellement « un patient sur deux ayant consulté ne se voit proposer aucune solution », on note une évolution dans la prise en charge : «  [En 2014] les traitements médicamenteux apparaissaient favorisés par les professionnels de santé (30 % des sondés déclarant que ce dispositif leur avait été recommandé), rappelle l’enquête. Cette solution demeure la plus répandue, mais diminue légèrement (- 8 points) et est désormais rejointe par les aides auditives, qui sont davantage mises en avant en 2017 (18 % contre 7 % en 2014). Par ailleurs, la recommandation d’une intervention chirurgicale reste très minoritaire (5 %). »
Les responsables de l’étude se demandent si les acouphènes et l’hyperacousie ne seraient pas les « fléaux du XXIe siècle ». En tout cas, dès qu’une gêne surgit lors d’une conversation par exemple, un test auditif s’impose : « La gêne de la compréhension de la parole dans le bruit représente un indicateur d’une éventuelle déficience auditive méritant la réalisation d’un bilan complet de l’audition chez le médecin ORL », assurent les associations.

* Réalisée en ligne entre le 9 et le 12 février 2018 auprès de 1 003 Français âgée de 15 ans et plus.

Informations : www.journee-audition.org

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