Accès aux soins : la crise pénalise les plus vulnérables en Europe

, par  Aude Malaret

Médecins du monde a présenté le 13 mai son rapport annuel sur l’accès aux soins des plus précaires en Europe et s’inquiète du sort des femmes enceintes et des enfants. L’association demande aux instances européennes et aux gouvernements de garantir des systèmes de santé nationaux universels et solidaires, ouverts à toutes les personnes vivant dans l’Union européenne.

Dans son rapport annuel sur l’accès aux soins des plus précaires en Europe publié le 13 mai dernier, Médecins du monde s’alarme de l’état de santé « inquiétant » des patients rencontrés dans ses centres. « La crise économique et les mesures d’austérité prises par les gouvernements ont des effets néfastes sur la santé des populations. Les groupes déjà fragilisés avant la crise – ressortissants européens démunis, migrants sans papiers, demandeurs d’asile, usagers de drogues, travailleurs du sexe et sans-abri – connaissent une réduction, voire une privation des éléments de sécurité et des réseaux qui leur assuraient une assistance de base », explique l’association. Les trois obstacles à l’accès aux soins les plus fréquemment cités sont les difficultés financières (25 %), les problèmes administratifs (22,8 %) et un manque de connaissance ou de compréhension du système de santé (21,7 %).

Les femmes et les enfants davantage touchés

Parmi les populations les plus touchées, Médecins du monde s’inquiète du sort des femmes et des enfants. « Dans beaucoup de pays, les femmes enceintes sans couverture maladie doivent régler elles-mêmes tous les frais des soins prénataux et d’accouchement. » En Grèce, où l’ONG a réalisé un reportage et où un quart à un tiers de la population ne possède aucune couverture santé, elles peuvent avoir jusqu’à 1 300 euros de frais. Conséquence : une chute du nombre de naissances et une augmentation de plus de 20 % de la mortinatalité (enfants mort-nés) entre 2008 et 2011. L’étude de Médecins du monde montre également que deux tiers des 285 femmes enceintes ayant consulté un centre de soins de l’association n’ont eu accès à aucun soin prénatal. Et pour les femmes suivies, 43 % l’ont été trop tardivement.

Du côté des 1 703 mineurs qui ont consulté en 2013, « seul un sur deux, au mieux, était vacciné contre le tétanos, l’hépatite B, la rougeole ou la coqueluche, constate l’étude. Dans certains pays, ce taux est inférieur à 30 %, ce qui est bien en deçà des taux de couverture vaccinale de la population générale, qui se situent autour de 90 %. »

Garantir des systèmes de santé nationaux ouverts à tous

Ces données ont été recueillies en 2013, au cours de 29 400 consultations dans les centres de vingt-cinq villes européennes, en Allemagne, en Belgique, en Espagne, en France, en Grèce, aux Pays-Bas, au Royaume-Uni et en Suisse. A la suite de cette étude, Médecins du monde « demande aux gouvernements nationaux et aux institutions européennes de garantir des systèmes de santé nationaux universels, solidaires et équitables, ouverts à toute personne vivant dans l’Union européenne ». L’association recommande notamment de simplifier les procédures d’accès, d’aider aux démarches administratives, d’ouvrir les structures de soins de santé primaires à tous au niveau local, d’étendre la couverture vaccinale et de prendre en charge la santé mentale des populations vulnérables. En matière de prise en charge, le cas de la France est cité dans les évolutions positives, car « le seuil de revenu pour accéder à la gratuité des soins a été relevé, ce qui se traduit par une couverture médicale totale pour 600 000 patients supplémentaires ».

Sources
- « Rapport sur l’accès aux soins des plus précaires dans une Europe en crise », Médecins du monde.
- « Avec la crise, les plus pauvres en Europe peinent à se soigner », http://www.leparisien.fr/, 13 mai 2014.
- « Les femmes enceintes et les enfants moins bien soignés en Europe », Anaïs Brosseau, La-croix.fr, 14 mai 2014.

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