Vent de panique dans les cabinets des gynécologues

, par  Delphine Delarue

Depuis la plainte déposée mi-décembre par une jeune fille qui accuse la pilule de troisième génération d’être responsable de son AVC, certaines femmes se demandent si elles ne doivent pas stopper net leur contraception. Les professionnels, dont certains craignent une augmentation du nombre d’IVG, rappellent que, si des risques artériels et veineux existent, ils demeurent très rares.

Grosse angoisse chez les femmes sous pilule. L’annonce du dépôt de plainte de Marion Larat, une jeune fille qui accuse la pilule de troisième génération Méliane d’être à l’origine de son accident vasculaire cérébral (AVC), a provoqué un vent de panique dans les cabinets des gynécologues. Nombreuses sont les patientes qui s’interrogent. Doivent-elles arrêter immédiatement leur contraception ? Les dangers pour la santé sont-ils avérés ? Si plusieurs études scientifiques démontrent effectivement des risques de phlébite, d’embolie pulmonaire et d’AVC chez les utilisatrices de pilule, les accidents demeurent extrêmement rares et ne seraient pas forcément beaucoup plus élevés pour les pilules des dernières générations : « On parle d’un risque d’accident de 0,3 pour mille avec les pilules de deuxième génération, contre 0,4 pour mille avec celles de troisième génération », affirmait le 9 janvier sur Europe 1 le docteur Israël Nisant, gynécologue-obstétricien au CHU de Strasbourg. Bien que les chiffres diffèrent selon les sources et la nature des risques – le ministère de la Santé parle de son côté d’un risque veineux deux fois plus élevé chez les femmes sous pilule de troisième et quatrième générations –, toutes s’accordent sur l’extrême rareté des accidents. Chaque médicament comporte sa part de dangers et d’effets secondaires. L’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) rappelle d’ailleurs que, contrairement à ce que l’on pourrait croire, c’est la grossesse, et non la pilule, qui entraîne le plus grand risque de thrombose veineuse.

Principe de précaution

Cependant, par souci de précaution, mais aussi certainement d’économie, le ministère de la Santé a avancé de six mois, soit au 31 mars, le déremboursement des pilules de troisième génération annoncé en septembre dernier. De leur côté, l’ANSM, la Haute Autorité de santé (HAS) et le Collège national des gynécologues et obstétriciens de France (CNGOF) recommandent aux médecins de ne prescrire les pilules des générations récentes qu’en seconde intention, c’est-à-dire dans les cas où celles de deuxième génération sont mal tolérées par les patientes.
Rappelons que la grande majorité des pilules sont des contraceptifs dits « combinés » ; en d’autres termes, ils fonctionnent par l’association de deux hormones, un œstrogène et un progestatif. Les plus récentes contiennent de nouveaux progestatifs qui ont permis de baisser les doses d’œstrogènes et donc de réduire les effets secondaires, comme le gonflement des seins, les nausées ou les migraines. On présente également certaines de ces pilules comme ayant la propriété d’atténuer l’acné et de limiter la prise de poids.

L’ombre du « pill scare »

Dans un communiqué, le CNGOF exprime sa crainte de voir surgir un épisode de « pill scare » comme celui qu’ont connu la France et le Royaume-Uni en 1995. Un phénomène de panique avait conduit de nombreuses femmes à arrêter leur contraception, ce qui avait entraîné une augmentation du nombre d’IVG. La société savante rappelle qu’il n’est pas recommandé de « modifier une contraception établie depuis plusieurs mois », d’autant que « le risque d’une thrombose veineuse apparaît principalement dans les premières semaines de la prescription ». Enfin, le CNGOF explique que le risque individuel se dépiste au cas par cas. Toute prescription doit donc faire l’objet d’un interrogatoire préalable précis de la part du médecin. Ainsi, le surpoids, le tabagisme et les antécédents personnels et familiaux de phlébite, d’AVC ou d’embolie pulmonaire sont des facteurs qui accroissent les risques. Les femmes sous pilule qui n’ont pas subi ce type de questionnaire doivent retourner chez leur médecin et en parler avec lui, afin, le cas échéant, de mettre en place une contraception mieux adaptée.

Sources
- « Pilules de troisième génération », communiqué du ministère de la Santé, 3 janvier 2013.
- « ilules contraceptives : les bonnes pratiques », Destinationsante.com, 2 janvier 2013.
- « Risque de thrombose et pilules de troisième génération », communiqué du Collège national des gynécologues et obstétriciens de France (CNGOF), 2 janvier 2013.
- « Contraceptifs oraux combinés et risque de thrombose veineuse : prescription des pilules de deuxième génération contenant du lévonorgestrel en première intention », point d’information de l’ANSM, 1er octobre 2012.

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