Mediator : la Mutualité française attaque Servier

, par  Delphine Delarue

L’organisme mutualiste vient de déposer plainte contre les laboratoires Servier pour escroquerie et tromperie aggravée.

Dans un communiqué daté du 7 février, la Mutualité française annonce avoir déposé plainte contre les laboratoires Servier pour escroquerie et tromperie aggravée. « Cette plainte [...] a pour objet la commercialisation du Mediator, dont la véritable nature pharmacologique a été révélée par le rapport de l’Inspection générale des affaires sociales (Igas) et avait été dissimulée par les laboratoires Servier pendant trente-trois ans », précise l’organisme mutualiste. Ce rapport de l’Igas, remis au ministère de la Santé le 15 janvier, révèle en effet que le fabricant savait, bien avant la mise sur le marché du médicament en 1975, qu’il s’agissait d’un anorexigène puissant et donc dangereux. Le laboratoire aurait ensuite tout fait pour poursuivre sa commercialisation malgré les risques sanitaires. Selon le communiqué, trois raisons motivent la plainte de la Mutualité française : « la défense des intérêts des adhérents mutualistes », « la possibilité [...] d’accéder à toutes les pièces du dossier, d’en tirer les enseignements et de faire des propositions pour qu’un tel drame ne se reproduise pas », et « le préjudice financier du remboursement du Mediator par les mutuelles de la Mutualité française. » Un préjudice qui s’élève à « environ 100 millions d’euros », a fait savoir Etienne Caniard, président de l’organisme mutualiste, lors d’une interview accordée au Magazine de la santé sur France 5, le 2 février.
La Mutualité devrait par ailleurs prochainement présenter des propositions en matière « d’autorisation de mise sur le marché, de pharmacovigilance, d’évaluation des médicaments et sur la place des différents acteurs » dans le circuit du médicament.

La Cnam suivra

Dans les jours prochains, la Caisse nationale d’assurance maladie devrait suivre l’exemple de la Mutualité et porter plainte pour les mêmes motifs. D’après Lefigaro.fr, la Cnam s’apprête à réclamer 220 millions d’euros au titre du préjudice financier subi sur la période 2000-2009, soit après la déclaration des premiers cas d’effets secondaires graves aux autorités sanitaires, en 1999. Rappelons que le Mediator a été pris par 5 millions de Français et qu’il était remboursé à 65 % par l’Assurance maladie. Celle-ci a aussi pris en charge une partie des traitements prescrits aux patients ayant développé une valvulopathie consécutive à la prise du médicament.
Plus de 200 plaintes de victimes ont d’ores et déjà été déposées contre les laboratoires Servier. Pour Jacques Servier, le PDG des laboratoires, le premier rendez-vous judiciaire dans l’affaire du Mediator aura lieu le 11 février au tribunal correctionnel de Nanterre, avec une citation à comparaître pour « tromperie aggravée » sur des patients victimes.

DOSSIERS

Santé au travail Prévenir les risques professionnels

La récente intensification du travail induit de nouvelles formes d’organisation qui ne sont pas sans risques sur la santé physique et mentale des salariés. Ces contraintes se traduisent essentiellement par une augmentation des troubles musculo- squelettiques (TMS) et des pathologies psychiques au (...)

Surveiller sa santé grâce aux objets connectés

Depuis l’apparition des podomètres « intelligents », nombreuses sont les personnes qui consultent régulièrement leur Smartphone pour savoir combien de pas elles ont faits dans la journée. Les objets connectés, très populaires, ont donné une deuxième jeunesse à la prévention en apportant un aspect ludique (...)

Autisme : Quelle prise en charge aujourd’hui en France

Manque de structures adaptées et d’informations, faible coordination entre les différents intervenants, discours contradictoires de professionnels, absence d’interlocuteur unique au sein du système de soins… En France, malgré trois plans Autisme successifs, la prise en charge de ce trouble reste (...)

Plastiques, cosmétiques, alimentation…

Les perturbateurs endocriniens font désormais partie de notre environnement quotidien. Problème : ces molécules sont rendues responsables de malformations génitales, de pubertés précoces et de diminution de la fertilité. On les soupçonne également de jouer un rôle dans le développement de l’obésité, du (...)

ARTICLES RÉCENTS