Les perturbateurs endocriniens sur la sellette

, par  Delphine Delarue

Contre toute attente, les députés viennent d’adopter une proposition de loi visant à l’interdiction totale de certaines substances, comme les phtalates ou les parabènes, dans la fabrication des produits de consommation.

Une belle surprise pour les militants de la santé environnementale. Mardi 3 mai, l’Assemblée nationale a adopté la proposition de loi du député Yvan Lachaud (Nouveau Centre) interdisant la fabrication, l’importation, la vente et l’offre de produits contenant des phtalates, des parabènes ou des alkylphénols, ces composés chimiques utilisés notamment dans la production des plastiques ou des cosmétiques. Le texte, auquel s’oppose le gouvernement et qui avait été rejeté lors de son passage en commission des Affaires sociales, doit encore être soumis au vote des sénateurs. Il n’empêche, cette décision, prise dans la continuité de l’interdiction déjà effective du bisphénol A (BPA) dans la fabrication, l’importation et la commercialisation des biberons, constitue déjà une victoire symbolique pour les associations : « En ce jour où les ONG pressent la commission et les Etats membres de l’Union européenne à enfin agir sur les perturbateurs endocriniens, le vote lucide et courageux des députés français ne pouvait pas leur faire meilleur écho », s’est par exemple réjouit André Cicolella, porte-parole du Réseau environnement santé.

Perturbateurs hormonaux

Les effets indésirables de ces différents composés, perturbateurs endocriniens avérés, sont en effet démontrés par de nombreuses études. Ils auraient une incidence sur le système hormonal, causant notamment des troubles de la reproduction, et seraient en partie responsables du développement des cancers, de l’obésité, du diabète et des troubles du comportement. Des conséquences tragiques d’autant plus inquiétantes que l’on retrouve ces substances dans de nombreux produits de grande consommation : les phtalates (déjà interdits dans les articles de puériculture) sont par exemple présents dans certains emballages alimentaires ou détergents et dans le PVC, et les parabènes dans certains produits de beauté (crèmes solaires ou hydratantes, déodorants, shampoings ou maquillage). Pour les industriels, la décision des députés demeure néanmoins inadaptée à la situation : « La filière plastique (…) regrette ce vote et considère que ce texte est fondé sur une interprétation abusive du principe de précaution, qu’il n’apporte pas d’amélioration en matière de sécurité sanitaire et qu’il soulève de très importantes difficultés de mise en œuvre », précisent, dans un communiqué commun, l’association Plastics Europe et la Fédération française de la plasturgie. De son côté, le ministre de la Santé, Xavier Bertrand, avait souhaité, lors des débats menés sur la question, attendre le résultat de nouvelles expertises actuellement en cours.

Sources
- Communiqué « Vote historique sur trois familles de perturbateurs endocriniens », Réseau environnement santé, 3 mai 2011.
- Communiqué « Vote de l’interdiction des phtalates par les députés : la filère plastique s’alarme d’une interdiction générale et inadaptée », Platics Europe, Fédération de la plasturgie, Elipso, 3 mai 2011.

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