Les immigrés en moins bonne santé qu’il y a vingt ans

, par  Julien Jeffredo

En vingt ans, l’état de santé et l’accès aux soins des immigrés se seraient fortement dégradés. Contrairement aux années 80 et 90, ils se déclarent aujourd’hui en moins bonne santé que les Français d’origine. En cause, une immigration différente, plus défavorisée.

En moins de vingt ans, l’état de santé des immigrés se serait fortement dégradé. C’est ce que suggère une synthèse publiée en janvier dernier par l’Institut de recherche et documentation en économie de la santé (Irdes). Dans les années 80 et 90, des travaux montraient qu’ils étaient globalement en meilleure santé que le reste de la population. Par rapport aux ménages français, ils se déclaraient moins souvent malades (16 % de déclaration de maladie en moins pour les femmes et 33 % pour les hommes). Leur espérance de vie était alors sensiblement supérieure à la moyenne nationale.
A partir des années 2000 les études révèlent une tendance inverse. L’état de santé subjectif des immigrés s’est détérioré, et l’on note que plus leur durée de résidence est longue, plus cette détérioration est forte.

Des immigrés plus pauvres...

Plusieurs explications permettent de comprendre ce changement. D’abord, entre les années 80 et les années 2000, le type d’immigration a évolué, et avec lui le profil des immigrés. A l’origine motivée par l’emploi, l’immigration est devenue plus largement constituée par le regroupement familial et l’asile politique. En d’autres termes, elle est moins sélective qu’avant.
Une autre raison, compatible avec la première, semble plus pertinente : des conditions économiques et sociale défavorisées. Avec des revenus globalement inférieurs aux Français d’origine, les immigrés de première génération ont moins souvent recours au médecin généraliste ou au spécialiste de ville, notamment en raison des dépassements d’honoraires. Les consultations risquent alors d’avoir lieu plus tard, à l’hôpital, lorsque l’état de santé s’est déjà dégradé.

... et mal intégrés dans le système de soins

Autre conséquence de leurs revenus généralement plus bas, les immigrés sont beaucoup plus nombreux à ne pas avoir accès à une complémentaire santé : 35 % des immigrés étrangers et 20 % de ceux qui ont été naturalisés en restent dépourvus, tandis qu’ils ne sont que 7 % parmi les Français de naissance. Et même s’ils ont droit à l’aide médicale de l’Etat (AME) et à la couverture maladie universelle (CMU), leur moindre maîtrise de la langue et du système de soins les empêcherait parfois d’en profiter. Le Conseil national des politiques de lutte contre la pauvreté et l’exclusion sociale (CNLE) recommande d’ailleurs de simplifier l’accès à ces deux dispositifs.

Source
• Irdes, « Etat de santé et recours aux soins des immigrés : un synthèse des travaux français », Questions d’économie de la santé, n° 172, janvier 2012.

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