Le Sénat tente de repeupler les déserts médicaux

, par  Enrique Moreira

Un rapport du Sénat, publié le 7 février, préconise de restreindre la liberté d’installation des médecins afin de lutter contre les déserts médicaux. Pour y parvenir, deux solutions sont proposées : différencier les conventionnements selon la zone géographique d’installation et imposer aux jeunes diplômés des écoles de médecine de pratiquer leur spécialité pendant au moins deux ans dans un secteur déserté. Plus question d’inciter, mais d’imposer, ce que les médecins libéraux n’apprécient pas vraiment.

« Toute liberté doit être régulée », a déclaré Hervé Maurey, sénateur centriste et rapporteur du rapport publié le 7 février qui s’attaque au droit des médecins libéraux à s’installer où bon leur semble. La France souffre en effet d’un problème de répartition des médecins sur certains territoires, notamment ruraux, chez les généralistes comme chez les spécialistes. Certes, la direction des statistiques du ministère de la Santé a calculé que 95 % des Français se trouvent à moins de quinze minutes d’un médecin. « Il n’en demeure pas moins un réel problème d’accessibilité aux soins pour les 5 % restants, qui représentent quand même plus de trois millions d’habitants », insiste le rapport du Sénat.

Imposer plutôt qu’inciter

Pour lutter contre cette désertification médicale, le groupe de travail sénatorial, présidé par Jean-Luc Fichet, a émis deux propositions majeures. La première consiste à différencier les conventionnements des praticiens selon la zone géographique dans laquelle ils se trouvent. La seconde est de forcer les médecins spécialistes nouvellement diplômés à passer deux ans dans des hôpitaux de chefs-lieux de départements où leur spécialité est peu représentée.
Les sénateurs ont donc choisi d’imposer aux médecins de s’installer dans des déserts médicaux, plutôt que de les y inciter. Cela résulte du constat étonnant que toutes les autres professions libérales (kinésithérapeutes, dentistes et infirmières) sont déjà soumises à de telles mesures, avec des résultats probants. Le nombre d’infirmières libérales a en effet augmenté de 30 % en trois ans dans les zones sous-dotées, depuis que leur conventionnement varie en fonction du lieu où elles exercent.

Des médecins mécontents

« Les professionnels de santé aujourd’hui régulés ne comprennent pas pourquoi les médecins ne le sont toujours pas », rapporte Hervé Maurey, précisant que « les mesures incitatives (allégements de charges, aides à l’installation) n’ont pas eu d’effets décisifs ».
Même si les sénateurs estiment que certains médecins comprennent la nécessité de réguler la liberté d’installation, il serait toutefois étonnant que tous soient satisfaits de ces propositions. « Les médecins libéraux n’acceptent pas d’être les souffre-douleur d’élus incapables de mettre en œuvre une politique cohérente et efficace d’aménagement du territoire, dénonce dans un communiqué Michel Chassang, président de la CSMF, premier syndicat médical. Les mesures coercitives à l’installation ne feront qu’éloigner les jeunes de la médecine libérale et inciter les plus âgés à anticiper leur départ à la retraite. »

Dans tous les cas, il n’est pas dit que le gouvernement apprécie cette prise de position du Sénat, alors même que Jean-Marc Ayrault essaie de mettre en place sa grande réforme de la santé publique.

Sources
- « Déserts médicaux : un rapport du Sénat sous le signe de la contrainte pour les médecins », Publicsenat.fr (article comprenant une vidéo de Hervé Maurey), 7 février 2013.
- « Déserts médicaux : le Sénat s’en prend aux médecins libéraux », Metrofrance.com, 7 février 2013.
- « Comment lutter contre les déserts médicaux ? », Jérôme Cordelier, Lepoint.fr, 7 février 2013.

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