La classification des maternités en question

, par  Delphine Delarue

Le récent drame de la maternité parisienne de Port-Royal, où une femme aurait perdu son bébé in utero faute de place pour accoucher, relance le débat sur la classification des maternités et l’engorgement desétablissements de pointe. Réputées plus sûres, les structures de niveau 2 et surtout celles de niveau 3, réservées en principe aux grossesses à risque, seraient privilégiées par les futurs parents au détriment des maternités de niveau 1.

La mort d’un bébé in utero la semaine dernière à Paris serait-elle liée à la saturation de la maternité de Port-Royal, où devait avoir lieu l’accouchement ? Alors qu’une triple enquête médicale, administrative et judiciaire devrait permettre d’en savoir plus, ce terrible drame relance le débat sur la classification des maternités. Depuis 1998, celles-ci sont divisées en trois niveaux de soins : les maternités de niveau 1, qui concernent les grossesses normales, celles de niveau 2, dédiées aux grossesses à risque modéré et équipées d’unités de néonatalogie, et, enfin, celles de niveau 3, dont le rôle est de prendre en charge les grossesses pathologiques à risque important. Presque exclusivement situées dans des hôpitaux publics, ces dernières disposent en plus d’une unité de réanimation néonatale et d’un service de réanimation adulte. L’objectif de cette classification était à l’origine d’orienter les femmes vers la structure la mieux adaptée et d’améliorer ainsi leur sécurité et celle de leur bébé.

« 80 % des grossesses ne posent pas de soucis »

Or, selon Jean Marty, président du Syndicat national des gynécologues obstétriciens (Syngof), ce système a surtout « abouti au discrédit des maternités qui n’étaient pas de niveau élevé » et à l’engorgement des maternités de niveau 3, réputées plus sûres, comme la maternité de Port-Royal. « Tout le monde veut accoucher dans ce genre d’hôpitaux, alors que 80% des grossesses ne posent pas de soucis », précise, dans Libération, Marc-Alain Rozan, président honoraire du Syngof. Résultat : les établissements de niveau 1 et 2 ont été délaissés et nombreux sont ceux qui ont dû fermer. En sept ans, soixante-six de ces maternités ont disparu (64 de niveau 1 et 9 de niveau 2), alors que sept établissements de niveau3 ont vu le jour.
Selon le Syngof, ces restructurations successives ont malheureusement entraîné « l’alourdissement constant des charges administratives, la multiplication des tâches et des contrôles […], la difficulté à préserver suffisamment de temps et de sérénité auprès des patients ». Un phénomène vécu « comme un authentique facteur de risque d’accident » par les personnels soignants. Pour le syndicat, qui réclame une campagne d’information sur l’orientation des femmes en fonction du déroulement de leur grossesse, « il est urgent de redonner aux soignants le temps de soigner ».

Décrets de périnatalité obsolètes

De son côté, le Collège national des sages-femmes de France (CNSF) précise que les décrets de périnatalité en vigueur sont devenus obsolètes. Datant de 1998, ces textes, qui détaillent les moyens techniques et humains nécessaires à la prise en charge des accouchements, et notamment les effectifs de soignants, ne sont plus adaptés à des maternités réalisant jusqu’à 6000 naissances par an. Selon le CNSF, la politique périnatale française « censée améliorer les résultats de morbi-mortalité maternels et infantiles n’apporte pas les résultats escomptés, bien au contraire. La France voit ses résultats périnataux se dégrader à chaque nouvelle enquête ». En 2012, la Cour des comptes avait en effet révélé des chiffres plutôt inquiétants : depuis 2005, la mortalité infantile stagne à environ 3,8 décès avant l’âge de 1 an pour 1 000 naissances vivantes, alors qu’elle poursuit sa baisse dans d’autres pays européens. Ainsi, au classement des plus faibles taux de mortalité infantile, la France est passé du septième rang européen en 1999 au vingtième (sur trente pays) en 2009. Et selon l’Insee, les arguments habituellement avancés pour traduire cette stagnation (âge plus élevé des mères, progression de la prématurité ou encore augmentation des grossesses multiples) ne suffisent pas à expliquer le phénomène.

Sources
- « Drame de Port-Royal : pour les conditions d’un exercice serein », communiqué du Syndicat national des gynécologues obstétriciens (Syngof)-Avenir hospitalier, 6 février 2013.
- « Port-Royal : soupçons sur une maternité de pointe », Alice Géraud, Catherine Mallaval, Libération, 5 février 2013.
- « Trois niveaux pour les maternités », Pourquoi-docteur.nouvelobs.com, 5 février 2013.
- « Maternités : attention danger ! », communiqué du Collège national des sages-femmes de France, 4 février 2013.
- « Un engorgement des maternités de pointe », Marie-Laure Combes avec AFP, Europe1.fr, 4 février 2013.
- « La politique de périnatalité : l’urgence d’une remobilisation », rapport de la Cour des comptes, février 2012.

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