L’éthique en 3D : vertu, justice, soutenabilité

, par  Mutuelle des Pays de Vilaine

Etre bon, juste et soutenable à la fois : voilà l’éthique « en trois dimensions » que nous nous devons de ­respecter et d’enseigner à nos enfants.

L’éthique est en train d’évoluer. Elle s’élargit d’une nouvelle dimension au sein de notre société mondiale des risques systémiques (écologiques, nucléaires, technologiques, sanitaires, économiques). On connaissait les devoirs de vertu personnelle (être bon, faire le bien, devenir sage) et ceux de la justice collective (Droits de l’homme, démocratie, équité sociale). On y ajoute désormais l’exigence de « soutenabilité » du monde : il faut que la Terre reste toujours habitable et hospitalière pour tous, au présent et au futur. Cela veut dire qu’il faut prendre soin de la totalité du monde, et non plus seulement de soi, de son prochain et de sa tribu. Telle est la troisième dimension de l’éthique qu’il convient d’assumer et d’enseigner à nos enfants.

Une «  maison terrestre  » à gérer

Si cette dimension de l’éthique était restée inaperçue avant la deuxième moitié du xxe siècle, c’est parce qu’il n’était techni­quement pas possible de lui désobéir. Personne ne pouvait mettre en danger le futur de l’humanité entière, affecter radicalement les conditions d’existence planétaires, manipuler la vie, déséquilibrer les grands cycles de la biosphère, etc. Certes, de nombreuses cultures ont disparu, mais jamais l’humanité n’avait pu se menacer ­d’auto-élimination. C’est maintenant chose faite : nous ne vivons plus dans une nature immense qui nous dépasse, mais dans une maison terrestre dont nous devons gérer : la santé de tous les vivants qui nous font vivre, la qualité de ­l’atmosphère et du climat, la sociabilité entre tous les voisins du village global et même notre intimité génétique d’Homo sapiens, car nous avons désormais le pouvoir de nous transformer, cloner, modifier, optimiser, et nous devons décider des limites de l’intervention scientifique de l’homme sur l’homme.

Des pistes de réflexion

Nous devons tous nous habituer à cette nouvelle « éthique en 3D », sans oublier aucune dimension, sous peine d’immoralité : être bon, juste et soutenable à la fois. Quelques pistes pour se repérer dans cette nouvelle éthique universelle…
- Arrêtons de parler de «  protection de la nature  », il s’agit de l’habitabilité et de l’hospitalité de notre monde, dans toutes ses dimensions, notamment démocratiques. La couleur de l’écologie politique n’est pas le vert, mais celle de la convivialité : elle est de toutes les couleurs.
- Ce que les générations futures ne pourraient pas décider pour ­elles-mêmes, la génération ­présente ne peut pas non plus le décider. Nous n’avons pas le droit d’aliéner la liberté de nos descendants. Un monde soutenable est un monde où les gens sont chaque jour plus autonomes.
- Nous sommes responsables du monde entier, comme Noé, dont tout le monde se moquait parce qu’il construisait un bateau de bois en haut de la montagne. N’ayons pas peur que l’on se moque de nous, n’ayons peur que de l’irresponsabilité.
- « Aime l’humanité comme toi-même. » Nous ne sauverons notre maison planétaire qu’en étant fous ­amoureux de l’humanité, dans toute sa diversité. Que nul ne se dise écologiste s’il est misanthrope.
- L’espèce la plus menacée, c’est celle des scientifiques lanceurs d’alerte : ­protégeons-les ! Protégeons-les des représentants de l’ordre public, des experts politiquement corrects, des lobbies d’entre­prises, de leurs « chers collègues » et autres espèces de prédateurs. Ils nous sont en effet aussi indispensables que les abeilles, dans ce monde où science sans conscience n’est que ruine et arme.

François Vallaeys, docteur en philosophie

spécialiste de la responsabilité sociale et de la norme ISO 26000*

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