L’Ordre des médecins s’inquiète de la hausse des agressions envers les praticiens

, par  Delphine Delarue

L’Observatoire de la sécurité des médecins vient de publier des chiffres témoignant de la hausse sans précédent des actes de violence à l’égard des praticiens. Une situation qui, selon le Conseil de l’ordre, pourrait conduire à la désertification médicale des quartiers sensibles.

Plus 80 % en un an : c’est le taux d’augmentation du nombre de déclarations d’incidents enregistrées en 2010 auprès de l’Observatoire de la sécurité des médecins. Pour le Conseil national de l’ordre des médecins (CNOM), qui a publié le 29 mars les chiffres de cette étude annuelle réalisée avec l’Ipsos, il s’agit d’« une hausse sans précédent des actes de violence à l’égard des médecins ». Le nombre d’incidents violents recensés est ainsi passé de 512 en 2009 à 920 en 2010. Des chiffres qui paraissent cependant faibles si on les compare au nombre de praticiens actuellement en activité, soit environ 200 000. Le taux de victimisation, c’est-à-dire le nombre de signalements rapporté au nombre de médecins en exercice, n’atteint en effet que 0,46 %, contre 0,26 % en 2009. Mais il faut savoir aussi que de nombreux médecins décident de ne pas témoigner auprès du CNOM ou même de ne pas porter plainte, par peur des représailles notamment. Quoi qu’il en soit, depuis l’installation de l’observatoire en 2004, il s’agit de l’augmentation « la plus conséquente depuis le pic de 2007 qui révélait 837 agressions », note le CNOM dans un communiqué.
Depuis quatre ans, le département de la Seine-Saint-Denis reste en tête des déclarations d’incidents. Viennent ensuite le Nord, le Val-d’Oise, l’Isère, le Val-de-Marne et le Rhône.

Vols, agressions verbales et physiques

Parmi les actes violents enregistrés, les agressions verbales enregistrent la plus forte hausse, passant de 57 % des incidents subis en 2009 à 63 % en 2010. Elles sont aussi les plus fréquentes. Suivent les vols ou tentatives de vol (23 % en 2009, 25 % en 2010), les agressions physiques, dont le nombre baisse légèrement (16 % en 2009, 13 % en 2010) et le vandalisme (10 % en 2009, 12 % en 2010). L’étude révèle que les généralistes restent les plus touchés par l’insécurité, représentant 62 % des médecins agressés. Du côté des spécialistes, les plus affectés sont les ophtalmologistes, les médecins du travail et les psychiatres. Les résultats démontrent également une augmentation du nombre de femmes médecins victimes d’agressions (43 % en 2010 contre 37 % en 2009).
Dans près de la moitié des cas (49 %), l’agresseur est le patient, et dans 18 % des cas, la personne qui l’accompagne. Par ailleurs, dans 5 % des incidents recensés, l’agresseur a utilisé une arme (pierre, revolver, couteau, barre de fer…). Selon le CNOM, « le reproche d’une mauvaise prise en charge, les tentatives de vol, le refus de prescription et un temps d’attente jugé excessif » sont les causes d’agression les plus citées.

Partenariat avec les ministères de l’Intérieur, de la Justice et de la Santé

Pour le Conseil de l’ordre, une telle situation risque malheureusement de conduire à la désertification médicale des quartiers difficiles et d’avoir des conséquences sur l’accès aux soins des patients. Le CNOM demande donc des mesures rapides pour la sécurité des médecins. Parmi les pistes évoquées : la mise à disposition de boîtier de géolocalisation permettant de localiser un médecin qui vient de subir une agression ou le renforcement des relations entre praticiens et services de sécurité publique. De son côté, Xavier Bertrand a rappelé qu’un protocole entre les ordres de professionnels médicaux et les ministères de la Santé, de l’Intérieur et de la Justice était en cours de préparation à ce sujet. Ce partenariat devrait notamment permettre la mise en place de procédures d’alerte au niveau local, la création d’une filière d’accès privilégiée dans les commissariats pour les professionnels de santé ou l’incitation à l’installation de caméras publiques de vidéoprotection aux abords des cabinets médicaux. L’ensemble des acteurs concernés devraient être réunis par le ministre à ce sujet le 4 avril prochain.

Source
- Communiqué « Observatoire de la sécurité des médecins 2010 : une hausse sans précédent des actes de violence à l’égard des médecins », Conseil national de l’ordre des médecins, 29 mars 2011.
- Document « Observatoire pour la sécurité des médecins, recensement national des incidents, 2010 », Conseil national de l’ordre des médecins, Ipsos, mars 2011.
- Communiqué « Sécurité des médecins libéraux : Xavier Bertrand mobilise l’ensemble des acteurs concernés », ministère du Travail, de l’Emploi et de la Santé, 29 mars 2011.

DOSSIERS

Vivre avec la maladie de Parkinson

Avec plus de 200 000 personnes touchées en France, la maladie de Parkinson­ est l’affection neurodégénérative la plus fréquente après l’alzheimer. Elle évolue lentement, se manifeste parfois par des tremblements, mais surtout par des difficultés à effectuer des gestes et constitue ainsi une cause de (...)

En finir avec le mal de tête

Même s’ils peuvent être très gênants, les maux de tête sont la plupart du temps sans gravité, mais quand ils se répètent, c’est toute la qualité de vie qui est altérée. Heureusement, qu’il s’agisse de céphalée de tension ou de migraine, des solutions efficaces existent, à condition de bien identifier la (...)

Santé au travail Prévenir les risques professionnels

La récente intensification du travail induit de nouvelles formes d’organisation qui ne sont pas sans risques sur la santé physique et mentale des salariés. Ces contraintes se traduisent essentiellement par une augmentation des troubles musculo- squelettiques (TMS) et des pathologies psychiques au (...)

Surveiller sa santé grâce aux objets connectés

Depuis l’apparition des podomètres « intelligents », nombreuses sont les personnes qui consultent régulièrement leur Smartphone pour savoir combien de pas elles ont faits dans la journée. Les objets connectés, très populaires, ont donné une deuxième jeunesse à la prévention en apportant un aspect ludique (...)

ARTICLES RÉCENTS