L’Académie de médecine se penche sur les « thérapies complémentaires »

, par  Delphine Delarue

Dans un rapport rendu public hier, la société savante estime que « les thérapies complémentaires » comme l’ostéopathie, la chiropraxie, l’hypnose et le tai-chi ne peuvent représenter une alternative à la médecine traditionnelle.

Le verdict est tombé. Pour l’Académie nationale de médecine, les « thérapies complémentaires », comme il convient de les appeler selon les membres de la société savante, ne « sauraient être considérées comme une alternative à la médecine traditionnelle, validée par les preuves ». Dans un rapport rendu public hier, l’académie estime même que ces pratiques, testées par près de quatre Français sur dix, constituent « une nébuleuse difficile à identifier et sujette à trop de dérives pour être reconnues et encouragées officiellement ». Un positionnement ferme, qui intervient en réponse à l’initiative récemment prise par l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP) d’introduire l’ostéopathie, la chiropraxie, l’hypnose et le tai-chi à l’hôpital, et en réaction à l’engouement des patients à leur égard, en particulier ceux atteints de cancer. Pour les membres de l’académie, l’insertion de ces thérapies complémentaires dans les soins hospitaliers peut toutefois représenter un intérêt particulier, à condition d’être considérée comme l’occasion de mieux les cerner, de clarifier leurs indications et d’établir des règles de bonnes pratiques.

Bénéfices reconnus pour l’acupuncture

A travers son rapport, la société savante fait le point sur l’ensemble des connaissances scientifiques concernant ces quatre disciplines. On apprend par exemple que l’acupuncture a été inscrite en 2010 au patrimoine immatériel de l’Unesco et que la liste des maladies susceptibles d’en bénéficier, « déjà au nombre de 43 pour l’OMS en 1979, n’a cessé de s’étendre, sans pour autant que la réalité de son action et la preuve de son utilité soient souvent établies ». L’académie reconnaît cependant que cette discipline, réservée aux seuls médecins et aux sages-femmes qualifiées, « peut apporter un bénéfice » aux patients souffrant de lombalgie ou de cervicalgie chronique, de maux de tête et d’arthrose des membres inférieurs. Elle serait également efficace contre certaines douleurs de l’accouchement et pour prévenir les nausées et les vomissements induits par la chimiothérapie anticancéreuse.

Ostéopathie, chiropraxie : attention aux complications

En ostéopathie et en chiropraxie, les complications dues aux manipulations cervicales, bien que relativement rares, peuvent être très graves et donner lieu à « des séquelles définitives », précise le rapport. Toutefois, ces thérapies, pratiquées à la fois par des médecins et des non-professionnels de santé, « peuvent se montrer modérément efficaces sur la lombalgie aiguë, subaiguë ou chronique, sur la céphalée d’origine cervicale, les états vertigineux d’origine cervicale et, à moindre degré, sur la migraine ».

Pour l’hypnose, les « indications les plus intéressantes semblent être la douleur liée aux gestes invasifs chez l’enfant et l’adolescent et les effets secondaires des chimiothérapies anticancéreuses ». Cette discipline peut être dispensée, comme l’ostéopathie et la chiropraxie, par des médecins ayant suivi une formation complémentaire, mais également par des non-professionnels de santé.

Tai-chi : les bienfaits de l’exercice physique

Enfin, les membres de l’académie reconnaissent les bienfaits potentiels du tai-chi et du qigong sur la plupart des affections sensibles à l’exercice physique. Ils estiment cependant que « de nouveaux travaux sont nécessaires pour juger leur valeur par rapport aux méthodes conventionnelles de l’exercice physique ».

En conclusion, si la société savante reconnaît les bénéfices potentiels de ces thérapies, elle émet toutefois quelques recommandations et rappelle qu’il ne s’agit pas de « médecines », mais de « techniques empiriques de traitement » pouvant rendre certains services en complément de la médecine traditionnelle. Ainsi, les usagers sont invités à « en éviter l’usage en l’absence de diagnostic médical », et les hôpitaux, à ne confier leur mise en œuvre qu’à des professionnels de santé. Le rapport met également en garde contre les risques de dérives sectaires « avec éloignement définitif de la médecine conventionnelle, particulièrement redoutable en cancérologie ».

Source
- « Thérapies complémentaires, acupuncture, hypnose, ostéopathie, tai-chi : leur place parmi les ressources de soins », Daniel Bontoux, Daniel Couturier, Charles-Joël Menkès, Académie nationale de médecine, mars 2013.

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