Hôpital : les internes pas assez reposés

, par  Delphine Delarue

D’après une enquête rendue publique le 10 septembre, plus de 20 % des internes ne bénéficient pas du repos de sécurité pourtant obligatoire après une garde de nuit. Une pratique inquiétante, qui accentue le risque d’erreur médicale.

Depuis 2002, chaque interne ayant effectué une garde de nuit doit bénéficier d’un repos immédiat dit de sécurité d’une durée de onze heures, l’objectif étant de protéger les patients d’une erreur médicale liée à la fatigue du praticien. Ce droit, inscrit dans la loi, n’est pourtant pas respecté pour 21 % de ces jeunes médecins : à l’issue de leur nuit de travail, ils restent à l’hôpital une demi-journée, voire une journée supplémentaire, soit vingt-quatre heures de présence consécutive !

Cette pratique choquante vient d’être révélée par une enquête de l’Inter-syndicat national des internes des hôpitaux (Isnih) menée auprès de 7 000 internes et rendue publique le 10 septembre. Les conclusions sont encore plus inquiétantes en chirurgie ou en gynécologie obstétrique : dans ces spécialités, ce sont respectivement 75 % et 30 % des internes ayant répondu à l’étude qui ne bénéficient pas du repos de sécurité.

Tous les internats pointés du doigt

« Aucune région ne respecte aujourd’hui la législation », relève par ailleurs l’enquête, qui dénonce les subdivisions d’internat de Limoges, de Strasbourg et de Clermont-Ferrand comme étant celles où le repos de sécurité est le moins appliqué : 30 % des internes affirment ne pas en profiter. Enfin, alors que les centres hospitaliers universitaires (CHU) accueillent les deux tiers de ces jeunes médecins, ce sont eux qui respectent le moins ce repos obligatoire. Et ce n’est pas tout : L’Isnih révèle qu’un tiers des internes ne seraient pas rémunérés sur toutes leurs heures de garde et d’astreinte et qu’avec soixante heures de travail hebdomadaire en moyenne la plupart dépassent largement le seuil réglementaire fixé à quarante-huit heures.

Patients en danger

Rappelons que l’internat en médecine, qui dure jusqu’à cinq ans en fonction des spécialités, consiste pour l’étudiant à poursuivre sa formation par des stages à l’hôpital, stages au cours desquels on lui confie de véritables responsabilités. « C’est souvent le premier représentant du corps médical que rencontrera le patient lors de sa prise en charge », précise l’Isnih. Ne pas respecter son temps de repos conduit inévitablement à un risque accru d’accident. Quinze pour cent des internes interrogés par le syndicat reconnaissent « avoir commis des erreurs médicales de prescription, de diagnostic ou d’acte opératoire en lendemain de garde » et plus de 39 % estiment qu’ils en ont « probablement réalisées ».
Bref, autant d’éléments qui témoignent de graves dysfonctionnements au sein de l’hôpital. Pour l’Isnih, ces pratiques sont notamment dues à « l’insuffisance d’organisation des services » et à un manque de médecins flagrant. Un phénomène déjà ancien, auquel vient d’ailleurs de s’attaquer Marisol Touraine. La ministre de la Santé a en effet dévoilé la semaine dernière les grandes lignes de son « pacte de confiance pour l’hôpital », avec comme objectifs annoncés la restauration d’un véritable service public, le désengorgement des urgences et la fin de « l’hôpital-entreprise ». Si les premières mesures sont attendues pour cet automne, Marisol Touraine s’est déjà engagée auprès des internes : le jour même de la publication de l’enquête de l’Isnih, elle a signé une circulaire appelant tous les établissements de santé à respecter la loi concernant le temps de travail de ces jeunes médecins.

Sources
- « Internes en médecine : gardes, astreintes et temps de travail », enquête de l’Isnih, septembre 2012.
- « Circulaire relative au rappel des dispositions réglementaires sur le temps de travail des internes dans les établissements de santé », ministère de la Santé, 10 septembre 2012.

DOSSIERS

Vivre avec la maladie de Parkinson

Avec plus de 200 000 personnes touchées en France, la maladie de Parkinson­ est l’affection neurodégénérative la plus fréquente après l’alzheimer. Elle évolue lentement, se manifeste parfois par des tremblements, mais surtout par des difficultés à effectuer des gestes et constitue ainsi une cause de (...)

En finir avec le mal de tête

Même s’ils peuvent être très gênants, les maux de tête sont la plupart du temps sans gravité, mais quand ils se répètent, c’est toute la qualité de vie qui est altérée. Heureusement, qu’il s’agisse de céphalée de tension ou de migraine, des solutions efficaces existent, à condition de bien identifier la (...)

Santé au travail Prévenir les risques professionnels

La récente intensification du travail induit de nouvelles formes d’organisation qui ne sont pas sans risques sur la santé physique et mentale des salariés. Ces contraintes se traduisent essentiellement par une augmentation des troubles musculo- squelettiques (TMS) et des pathologies psychiques au (...)

Surveiller sa santé grâce aux objets connectés

Depuis l’apparition des podomètres « intelligents », nombreuses sont les personnes qui consultent régulièrement leur Smartphone pour savoir combien de pas elles ont faits dans la journée. Les objets connectés, très populaires, ont donné une deuxième jeunesse à la prévention en apportant un aspect ludique (...)

ARTICLES RÉCENTS