Grogne des blouses blanches : la mobilisation se poursuit

, par  Delphine Delarue

Le mouvement de grève des internes et des médecins spécialistes libéraux s’est poursuivi mercredi 14 novembre avec l’organisation d’une manifestation nationale à Paris. Les grévistes ont une nouvelle fois dénoncé l’accord signé fin octobre sur la limitation des dépassements d’honoraires et les conditions de travail des jeunes médecins à l’hôpital.

Avec plusieurs milliers de manifestants dans la rue lundi et mercredi à Paris et une grève suivie dans deux tiers des cliniques privées de France, d’après la Fédération de l’hospitalisation privée (FHP), la protestation des internes et des médecins libéraux se poursuit. A l’origine du mouvement : le syndicat majoritaire des spécialistes de bloc opératoire (Bloc), qui dénonce l’accord sur la limitation des dépassements d’honoraires signé fin octobre entre l’Assurance maladie, l’Union nationale des organismes d’assurance maladie complémentaire (Unocam) et les trois syndicats de médecins majoritaires (CSMF, SML et MG France). Pour le Bloc, rejoint par une trentaine de syndicats de médecins libéraux, cet accord ne prend pas en compte les spécificités de certaines spécialités de médecine, notamment celles de bloc opératoire comme la chirurgie ou l’anesthésie. Or, d’après ces praticiens, ce sont justement les dépassements d’honoraires qui leur permettent de faire face à leurs charges professionnelles. Ils réclament donc le retrait pur et simple de l’avenant 8 à la convention médicale de 2011 instituant l’accord, ainsi qu’une revalorisation des actes des praticiens de bloc.

Contre-mobilisation

Malgré la mobilisation, ce mouvement semble loin de faire l’unanimité chez les médecins, en particulier ceux du service public. Une pétition contre l’action des grévistes a même été lancée par deux professeurs de l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris (APHP), André Grimaldi et Jean-Paul Vernant. Ces derniers, « attachés à l’égalité d’accès des soins de qualité sur l’ensemble du territoire », dénoncent une « grève corporatiste au moment où le pays connaît une crise économique et sociale majeure ».
De leur côté, les internes des hôpitaux publics, appelés à la grève par leur principale organisation syndicale, l’Isnih, dénoncent des conditions de travail exténuantes (horaires à rallonge, non-respect des repos de sécurité, salaires bas) et réclament une participation active aux négociations conventionnelles. Dès lundi, Marisol Touraine a annoncé la création à la fois d’un groupe de travail sur le respect de leur temps de repos et d’une mission destinée à les intégrer dans la politique conventionnelle. Si le geste a pu être salué par certains, l’Isnih maintient la pression.

Les mutuelles pointées du doigt

Le syndicat a d’autres revendications : il exige aussi « la réaffirmation par le législatif qu’aucune contrainte à l’installation ne sera décidée » et souhaite l’obtention de garanties « concernant l’indépendance des médecins vis-à-vis des complémentaires santé ». L’Isnih fait ici référence à une proposition de loi prochainement débattue à l’Assemblée nationale. Ce texte devrait permettre aux mutuelles de mieux rembourser les adhérents qui consultent des professionnels de santé membres de leurs réseaux de soins. Pour les grévistes, cette mesure constitue une atteinte à la liberté de choix du médecin par le patient. Faux, rétorque l’Agence fédérale d’information mutualiste (Afim), précisant dans sa lettre du 14 novembre que « la liberté de choix du professionnel de santé reste entière pour tout adhérent d’une mutuelle » et que, si celui-ci choisit un médecin hors réseau, il conservera « le bénéfice du remboursement de sa mutuelle ». Rappelons aussi que les assureurs et les institutions de prévoyance ont déjà la possibilité de proposer des remboursements améliorés à leurs clients dans le cadre de réseaux de soins.

Sources
- « Les chirurgiens libéraux sous les fenêtres de la ministre de la Santé », Nouvelobs.com-AFP, 14 novembre 2012.
- « Réseaux de soins, balayer les idées reçues », Afim, n° 4248, 14 novembre 2012.
- « Grève des blouses blanches : la contre-mobilisation », Afim, n° 4247, 13 novembre 2012.
- « La grogne des médecins libéraux et des internes prolongée », 20minutes.fr-AFP, 13 novembre 2012.
- « Le Bloc demande un retrait de l’avenant n° 8 », communiqué du Bloc, 2 novembre 2012.
- « Les internes en grève illimitée à partir du 12 novembre », communiqué de l’Isnih, 29 octobre 2012.

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