Génériques : la méfiance s’installe

, par  Delphine Delarue

Alors que le taux de substitution des médicaments princeps par leurs génériques semble reparti à la hausse depuis le début de l’année, une récente étude constate une baisse de confiance certaine des Français vis-à-vis de ces produits. De son côté, la Mutualité française, qui a toujours soutenu la politique de développement de ces médicaments, publie un rapport pour favoriser leur utilisation.

Selon des chiffres publiés début décembre par l’Assurance maladie, si le taux de substitution des médicaments princeps par les génériques a connu un essoufflement l’an passé (76 % fin 2011, contre 79 % fin 2010), leur pénétration semble être repartie à la hausse en 2012. Elle passe désormais la barre des 80 %, atteignant même les 82,4 % à la fin du mois de novembre. Paradoxalement, d’après un récent sondage Ifop pour le groupement de pharmaciens PHR, la confiance des Français vis-à-vis de ces produits semble écornée : seuls 57 % (contre 62 % en 2011) acceptent systématiquement le générique proposé par le pharmacien en substitution du princeps prescrit par le médecin. De plus, alors que 71 % des usagers jugeaient ces médicaments aussi sûrs que les originaux l’an passé, il ne sont désormais que 61 %. Autre chiffre révélateur : bien qu’ils soient toujours nombreux à ne pas douter de l’efficacité des génériques (72 %), ils le sont moins qu’en 2011 (76 %).

Des médicaments de « mauvaise qualité »

Les différents débats et les nombreuses idées reçues qui circulent actuellement au sujet des génériques peuvent expliquer ce phénomène. Pour leurs détracteurs, ces médicaments seraient de mauvaise qualité parce que la majorité d’entre eux sont désormais fabriqués en Chine ou en Inde, des pays où les sites de production seraient moins bien contrôlés. Une idée avancée notamment dans un rapport de l’Académie de médecine paru en février et mettant en cause la sécurité des génériques.
Autre élément d’explication : l’impopularité du dispositif « Tiers payant contre générique », appliqué à l’ensemble du territoire depuis juillet 2012. D’après le sondage Ifop, 46 % des Français estiment que cette pratique porte « atteinte à la liberté des patients, se retrouvant privés du choix de refuser un médicament générique au nom d’une contrainte financière ». Enfin, selon une étude publiée par l’Union nationale des organismes d’assurance maladie complémentaire (Unocam) et dévoilée par Le Figaro, le prix des génériques serait encore trop élevé en France. En 2010, ils étaient même 16 % plus chers qu’en Allemagne, en Espagne, en Italie ou au Royaume-Uni.

Les dix propositions de la Mutualité française

De son côté, pour lutter contre « la diabolisation purement française » des génériques, la Mutualité française vient de publier un rapport qui défend l’intérêt de leur utilisation. « En proposant aux patients une solution thérapeutique équivalente en termes de qualité, de sécurité et d’efficacité à un moindre coût pour la collectivité, les médicaments génériques sont une source majeure de financement des coûteuses innovations thérapeutiques sans perte de chance pour les malades », argumentent les auteurs. Point par point, ils répondent aux attaques, expliquant notamment que ces produits, même importés de l’étranger, « sont soumis aux mêmes règles de fabrication et de contrôle qualité que les médicaments de référence ». Pour rétablir la confiance de la population et développer l’utilisation des génériques, le rapport formule également dix propositions, parmi lesquelles une meilleure formation des jeunes médecins à l’économie des médicaments, à la prescription en dénomination commune internationale (DCI, la molécule du médicament) ou encore la mise en place d’un répertoire des équivalents thérapeutiques. Ce système permettrait au médecin de prescrire le médicament qui, à efficacité égale avec un autre de même classe, est le moins coûteux pour le patient et pour la communauté.
Autre idée : la création d’une grande campagne pluriannuelle dans laquelle tous les partenaires (Assurance maladie, Haute Autorité de santé, Agence nationale de sécurité du médicament, Fédération nationale de la Mutualité française) parleraient d’une même voix pour « informer et rassurer les usagers de notre système de soins sur la qualité, la sécurité et l’efficacité des médicaments génériques ».

Sources
- « Génériques : dix propositions de la Mutualité française pour restaurer la confiance », Afim, n° 4261, 11 décembre 2012.
- « Les dépenses de médicaments se sont stabilisées en 2011 », Guillaume Guichard, Lefigaro.fr, 7 décembre 2012.
- « Médicaments de ville : une stabilité des dépenses en 2011 », point d’information de l’Assurance maladie, 6 décembre 2012.
- « Les Français et le système de santé, les principaux enseignements (vague 2) », étude Ifop pour le groupe PHR, octobre 2012.

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