Encore trop de pollution dans les villes d’Europe

, par  Delphine Delarue

Selon un rapport de l’Agence européenne pour l’environnement, 95 % des citadins respirent un air trop pollué au regard des critères de l’Organisation mondiale de la santé. Dans certaines régions, cette pollution urbaine concentrée en particules fines réduirait l’espérance de vie de près de deux ans.

Si la législation européenne en matière de qualité de l’air a permis de réduire les quantités de certains polluants liés à l’industrie ou à l’automobile, il reste encore beaucoup à faire. Selon un récent rapport de l’Agence européenne pour l’environnement (AEE), 95 % des habitants des grandes villes de l’UE sont exposés à des concentrations de particules fines qui dépassent les valeurs références de l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Si l’on s’appuie sur les recommandations européennes, moins drastiques, le taux de citadins surexposés atteint les 81 %. Des chiffres inquiétants quand on sait que ces particules fines, émises par les véhicules diesel, l’activité industrielle et les systèmes de chauffage, pénètrent dans les parties sensibles du système respiratoire et peuvent causer des cancers du poumon, des pathologies cardiovasculaires et des maladies respiratoires. Cette pollution atmosphérique, qui rassemble aussi d’autres polluants comme l’ozone ou le dioxyde d’azote, « réduit notre espérance de vie de près de deux ans dans les villes et les régions les plus polluées », précise Jacqueline McGlade, directrice de l’AEE. Selon le rapport, les régions urbaines le plus exposées aux particules fines sont celles d’Europe centrale (en particulier la Pologne) et orientale. Les grandes villes du nord de l’Italie et Paris font aussi figure de mauvais élèves.

Une pollution très coûteuse

Les conclusions de l’AEE font écho à une récente enquête, le projet Aphekom, qui a évalué l’impact sanitaire et économique de la pollution atmosphérique dans vingt-cinq villes européennes. Ses résultats sont sans appel : « Le dépassement de la valeur guide préconisée par l’OMS pour les PM 2,5 – particules très fines – se traduit par près de 19 000 décès prématurés chaque année, dont 15 000 causés par des maladies cardiovasculaires », résume l’Institut de veille sanitaire (INVS), associé au volet français du projet. Toujours selon cette enquête, si la valeur guide était respectée, ce sont 31,5 milliards d’euros d’économies qui seraient réalisées par an dans les vingt-cinq villes étudiées, grâce à la diminution des dépenses de santé, de l’absentéisme et des coûts associés à la perte de bien-être, de qualité et d’espérance de vie. Dans les neuf villes françaises du projet (Bordeaux, Le Havre, Lille, Lyon, Marseille, Paris, Rouen, Strasbourg et Toulouse), 3 000 décès pourraient ainsi être évités et 5 milliards d’euros d’économies réalisées.
Bref, autant d’éléments soulignant « que la pollution de l’air a encore un impact sur la santé publique en Europe, et que la mise en œuvre de réglementations efficaces […] conduirait à des bénéfices sanitaires et monétaires non négligeables », conclut l’INVS. Un espoir qui pourrait bientôt devenir réalité : l’Europe et les Etats membres travaillent actuellement à la révision de la directive européenne sur la qualité de l’air pour 2013. A cette occasion, la lutte contre la pollution atmosphérique devrait être renforcée, notamment avec des sanctions financières pour les Etats les moins bien notés.

Sources

- « Résumé des résultats du projet Aphekom 2008-2011 », Institut de veille sanitaire, septembre 2012.
- « Impact sanitaire de la pollution atmosphérique dans neuf villes françaises : résultats du projet Aphekom », septembre 2012.
- « Air quality in Europe – 2012 report », EEA report.
- « Pollution de l’air : les citadins d’Europe trop exposés », Jean-Michel Gradt, LesEchos.fr, 24 septembre 2011.

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