Dépression chez l’ado : des outils pour les médecins généralistes

, par  Pauline Maisterra

La dépression chez les adolescents est encore mal diagnostiquée par les médecins généralistes. Afin d’y remédier, la Haute Autorité de santé (HAS) a publié pour la première fois des recommandations à destination des praticiens.

En France, près de 8 % des adolescents âgés entre 12 et 18 ans souffriraient de dépression, selon la Haute Autorité de santé (HAS). Problème : chez les jeunes, cette maladie est encore difficile à diagnostiquer par les médecins généralistes, qui sont pourtant leur premier interlocuteur médical. Pour aider les praticiens à mieux la repérer, la HAS a publié des recommandations, le 16 décembre. « L’adolescent n’exprime pas directement et spontanément ses ressentis, explique-t-elle, mais les présente plutôt indirectement à travers son comportement ou des somatisations. » En clair, il se plaindra plutôt d’avoir mal au ventre ou au dos, à l’inverse de l’adulte, qui lui sera plus clair et dira par exemple : « Docteur, je ne vais pas bien. » Les raisons ? « L’adolescent ne réalise pas qu’il est en train de faire une dépression, observe le docteur Margaux Bayart, médecin généraliste du syndicat MG France. En plus, si ça ne va pas, il va culpabiliser, car il est en train de devenir “un grand” et il ne peut donc pas avouer qu’il se sent mal. »

Les symptômes

Troubles du sommeil ou du comportement alimentaire (anorexie, boulimie, hyperphagie), instabilité de l’humeur, angoisse, irritabilité, agressivité, isolement, idées suicidaires, désinvestissement scolaire ou encore conduite à risque : les symptômes de la dépression sont multiples. On verra par exemple l’adolescent se mettre « de plus en plus en danger en buvant beaucoup d’alcool, en fumant du cannabis ou en roulant à toute vitesse sur son scooter », insiste le docteur Bayart. Il ne faut cependant pas confondre dépression et simple crise d’adolescence, où « le jeune est en pleine recherche d’identité en s’opposant à ses parents, poursuit-elle, mais il ne cherchera pas à se mettre en danger ». Autre signe : la durée. Comme le précise la HAS, « les symptômes doivent durer au moins quinze jours ». En résumé, la dépression est l’association de symptômes dépressifs, d’une souffrance cliniquement significative et d’un retentissement sur le quotidien.

Mieux la diagnostiquer

« En moyenne, un généraliste voit un adolescent par jour dans son cabinet », précise le docteur Bayart, et face à lui, il doit adapter sa consultation : « Il y a une conduite particulière à avoir. Imaginons que l’adolescent vienne pour un problème de cheville. On l’ausculte, puis on lui demande “A part ça, ça va ?” et, tout de suite après, on laisse un temps de silence. » Le jeune patient répondra et la discussion s’enclenchera. Selon les recommandations de la HAS, la consultation doit se diviser en quatre phases : le mineur est d’abord avec ses parents, puis il reste seul ; le médecin fait alors un examen somatique et, enfin, c’est la restitution à l’adolescent et à sa famille des informations recueillies, tout en respectant, bien entendu, le secret médical. Le praticien a également à sa disposition des questionnaires comme le TSTS Cafard pour dépister le mal-être et évaluer le risque suicidaire chez un jeune, même si, comme l’affirme la HAS, « la majorité des suicides ou des tentatives de suicide ne sont pas secondaires à une dépression chez l’adolescent, contrairement à un adulte ». Mais encore faut-il que les généralistes soient suffisamment formés sur le sujet. « Il y a dix ans, nous avions chaque année dix jours de formation continue. Aujourd’hui, nous sommes tombés à un ou deux jours », s’insurge le docteur Bayart. La dépression détectée, le travail du généraliste n’est pas terminé : « Nous avons un rôle de soutien, d’écoute, souligne le docteur. Nous devons aider l’adolescent à passer un cap, car si nous l’orientons tout de suite vers un psychothérapeute, il peut se bloquer et nous dire “Mais je ne suis pas fou”, et tout cela aura été fait en vain ».
Pour Thérèse Hannier, présidente de l’association Phare Enfants-Parents, dédiée à la prévention du mal-être et du suicide chez les jeunes, ces recommandations sont très satisfaisantes, même si elles arrivent tardivement. Toutefois, « si face à ce dispositif, il n’y a pas assez de généralistes, car il y en a de moins en moins en France, conclut-t-elle, tout cela ne servira à rien… »

Association Phare Enfants-Parents : ligne d’écoute ouverte du lundi au vendredi de 9 h 30 à 18 heures au 01 43 46 00 62. Site : Phare.org.

Source
- « Dépression de l’adolescent : comment repérer et prendre en charge ? », dossier de presse, Haute Autorité de santé (HAS), 16 décembre 2014.

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