Contraception : le modèle du « tout pilule » remis en cause

, par  Delphine Delarue

Selon une étude de l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm) et de l’Institut national d’études démographiques (Ined), depuis la polémique des pilules de troisième et quatrième générations, une femme sur cinq a changé de moyen de contraception. Certaines choisissent de délaisser la pilule au profit du stérilet, du préservatif et des méthodes naturelles.

Si l’affaire des pilules de troisième et quatrième générations de l’an passé n’a pas fait baisser la contraception en France, elle a en revanche contribué à modifier la façon dont les femmes se préservent des grossesses non désirées. C’est ce qui ressort de la dernière étude Fecond, menée par l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm) et l’Institut national d’études démographiques (Ined), dont l’analyse permet de dégager l’évolution des tendances contraceptives depuis trois ans. Comme en 2010, les femmes fertiles qui ne souhaitent pas avoir d’enfant ne sont que 3 % à n’utiliser aucun moyen de contraception. En revanche, « près d’une sur cinq déclare avoir changé de méthode depuis le débat médiatique de 2012-2013 », constatent les auteurs. Le recul du recours à la pilule, déjà observé depuis les années 2000, s’est par exemple particulièrement renforcé : les contraceptifs oraux ne représentent aujourd’hui plus que 41 % des méthodes utilisées (50 % en 2010). Au total, en l’espace d’une décennie, le recours à la pilule a chuté de 14 points. « La baisse observée depuis 2010 […] semble bien liée à la controverse de 2012-2013 : elle concerne de manière quasi exclusive les pilules incriminées dans le débat, celles dites de troisième et quatrième générations », ajoutent les auteurs.

Inégalités sociales de recours à la prescription

Les pratiques contraceptives ont désormais tendance à se diversifier. Le modèle traditionnel centré sur la pilule, jugé contraignant par de nombreuses femmes, s’est assoupli au profit d’autres moyens comme le stérilet (+ 1,9 point), le préservatif (+ 3,2 points) ou les méthodes dites naturelles (+ 3,4 points), c’est-à-dire le retrait ou l’abstinence pendant les périodes de fécondabilité (les dates). La bascule de la contraception orale vers ces deux procédés, malheureusement peu efficaces, concernent surtout les femmes les moins diplômées, alors que les plus diplômées (bac + 4) se sont davantage tournées vers le stérilet, et les titulaires d’un CAP ou d’un BEP, vers le préservatif. L’évolution des pratiques fait donc apparaître « de nouvelles inégalités sociales de recours à la contraception », note l’étude. Les femmes en difficulté financière ont en effet plus opté pour les méthodes naturelles. C’est par exemple le cas des femmes nées en Afrique sub-saharienne : elles ont fortement réduit leur usage de la pilule (– 39 %) au profit du retrait ou des dates (26 % en 2013, contre 5 % en 2010).

Rupture sur les prescriptions de stérilet

Selon l’étude, la tendance traduit aussi une légère rupture concernant la prescription du stérilet. « La réticence des médecins français à ne pas le proposer aux femmes jeunes ou sans enfant semble pour la première fois avoir diminué, en partie grâce à une demande des femmes elles-mêmes », expliquent les auteurs. Entre 2000 et 2010, en dépit des recommandations de la Haute Autorité de santé (HAS), les poses de stérilet n’avaient toujours pas augmenté chez les jeunes femmes et chez celles qui n’avaient pas d’enfant, mais entre 2010 et 2013 son recours passe de 2 à 5 % chez les femmes de 20-24 ans et de 8 à 16 % chez les 25-29 ans. Chez les femmes sans enfant, il augmente même de 0,4 à 8 %. Malgré ces progrès notables, l’usage du stérilet demeure encore particulièrement faible chez ces femmes. De nombreux professionnels de santé leur refusent la pause en évoquant des risques accrus d’infection gynécologique et donc d’infertilité. « la littérature scientifique montre pourtant qu’il n’y a aucune contre-indication à la pose d’un stérilet en rapport avec l’âge de la femme ou la parité », note l’étude. Le risque d’infection n’étant lié qu’au nombre de rapports sexuels non protégés, il est le même qu’avec la pilule. Pas plus, pas moins.

Sources
- Enquête Fecond, Institut national de la santé et de la recherche médicale-Institut national d’études démographiques (Inserm-Ined), 2013.
- « La crise de la pilule en France : vers un nouveau contraceptif ? », Population et Sociétés, Inded, mai 2014.

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