Cholestérol : les statines sur la sellette ?

, par  Delphine Delarue

Alors que, dans son dernier livre « La vérité sur le cholestérol », le professeur Even dénonce l’inefficacité des statines dans la lutte contre les maladies cardiovasculaires, la Haute Autorité de santé (HAS) rappelle « l’intérêt indiscutable » de ces médicaments en prévention secondaire chez les patients ayant subi un accident vasculaire cérébral (AVC) ou un infarctus.

« Une absurde remise en cause. » C’est en ces termes qu’une dizaine d’organisations de scientifiques, de cardiologues, de professionnels de la cardiologie et plusieurs associations de patients qualifient la nouvelle offensive menée contre les statines par le professeur PhilippeEven. Dans son dernier livre La Vérité sur le cholestérol, le célèbre pneumologue s’attaque à ces médicaments prescrits pour réduire la cholestérolémie de 5 millions de Français susceptibles de développer une maladie cardiovasculaire. Pour le professeur, qui a épluché les études sur la nocivité du cholestérol et les essais cliniques sur les statines, ces dernières ne servent à rien dans neuf cas sur dix. Certes, elles font « baisser le cholestérol, reconnaît-il, mais faire baisser le cholestérol ne fait rien du tout sur les maladies cardiaques ». Et Philippe Even d’enfoncer le clou : selon lui, « il n’y a pas de mauvais cholestérol. On exagère son impact. Il n’est pas la cause des infarctus du myocarde et des accidents vasculaires cérébraux ».

25 milliards de dollars de chiffre d’affaires annuel

Ainsi, la surprescription des statines, qui représentent un marché mondial de 25 milliards de dollars de chiffre d’affaires annuel, n’aurait pas d’autre but que celui d’enrichir l’industrie pharmaceutique. Une industrie peu scrupuleuse, qui profiterait largement de « l’insondable crédulité » des médecins prescripteurs, aveuglés par le « dogme établi », précise par ailleurs le professeur Even dans les colonnes du Nouvel Observateur. Si un tel pavé dans la mare n’aidera pas à rassurer des patients déjà échaudés par les récentes affaires du Mediator, de Diane 35 et des pilules de troisième et de quatrième génération, il faut bien admettre que la thèse du professeur Even rejoint celle d’autres scientifiques et chercheurs. Réunis au sein du Thincs (The International Network of Cholesterol Skeptics), ces derniers affirment qu’aucune étude ne prouve le lien entre cholestérol et athérosclérose, c’est à dire la formation de plaques d’athérome sur les artères susceptibles de provoquer des accidents cardiovasculaires en se détachant. En France, cet avis est partagé depuis 2007 par le docteur Michel de Lorgeril, cardiologue blogueur et auteur de trois livres sur le sujet.

Suspicion des patients à l’égard des laboratoires

Quoi qu’il en soit, face à de telles affirmations et vu le contexte de suspicion générale des patients à l’égard des laboratoires, la Haute Autorité de santé (HAS) a réagi dès l’annonce de la publication du livre du professeur Even. Elle rappelle que les patients ne doivent pas arrêter leur traitement sans l’avis de leur médecin et affirme très clairement que l’hypercholestérolémie augmente bien le risque de maladie cardiovasculaire, surtout si elle est associée au diabète, à l’hypertension artérielle ou au tabagisme. Parce qu’elles font baisser le taux de cholestérol, les statines sont donc utiles en prévention primaire chez les personnes cumulant ces facteurs de risque. Elles ont de plus un « intérêt indiscutable » en prévention secondaire chez les patients ayant subi un accident cardiovasculaire, un accident vasculaire cérébral (AVC) ou un infarctus. « Les statines ont une place dans la prise en charge de certains patients, car elles sont associées à une baisse de la mortalité d’environ 10 % », précise la HAS, qui déplore par ailleurs un certain mésusage de ces médicaments en France. Ils seraient sous-prescrits chez les patients à haut risque et sur-prescrits chez les personnes à bas risque. Ainsi, « dans le cas d’une hypercholestérolémie non familiale isolée, il n’a pas été démontré que la prescription de statines était efficace. Le traitement n’est alors pas justifié ». Ici, dans un premier temps, il s’agira plutôt pour le médecin, de normaliser le taux de cholestérol, en prescrivant un régime alimentaire équilibré et de l’exercice physique.

Sources
- « Cholestérol : attention danger ! », communiqué commun d’associations de patients, d’organisations de cardiologues, de scientifiques et de professionnels de la cardiologie, 18 février 2013.
- « Pour un bon usage des statines », communiqué de la Haute Autorité de santé (HAS), 14 février 2013.
- « Cholestérol, un ennemi imaginaire ? », Anne Crignon, Le Nouvel Observateur, 14 février 2013.
- « Statines, en fait-on trop autour du cholestérol ? », Sylvie Boistard, Viva-presse.fr, 14 février 2013.
- « Cholestérol : les statines grillées », Eric Favereau, Libération, 14 février 2013.

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