Cancer : quand la prévention est source d’inégalités

, par  Enrique Moreira

A l’occasion des rencontres annuelles de l’Institut national du cancer (Inca), mardi 4 décembre, le président de la République, François Hollande, a annoncé un troisième plan cancer pour une durée de quatre ans (2014-2018), dont l’un des principaux points sera la lutte contre l’inégalité face à la maladie. Une inégalité accrue, de manière étonnante, par les campagnes de prévention. Explications.

Il n’est absolument pas question de remettre en doute l’importance des campagnes d’information sur le dépistage du cancer, sous toutes ses formes. Bien au contraire. L’affichage médiatique a permis aux Français de prendre conscience de la nécessité de se faire contrôler, pour que le cancer soit pris en charge le plus tôt possible et ainsi nettement accroître les chances de rémission et de survie.

Certaines populations moins touchées par les campagnes

Le problème se situe plus au niveau de l’efficacité de ces campagnes à réduire sensiblement les inégalités face à la maladie, notamment entre les cadres et les ouvriers. « La réduction des inégalités était un des trois axes du dernier plan cancer. Nous n’avons pas réussi », a constaté la professeure Agnès Buzyn. Il existe en fait une sorte de paradoxe lié à la prévention : les campagnes de sensibilisation touchent davantage les catégories aisées de la population – des personnes qui ont plus facilement accès au dépistage et sont souvent déjà suivies –, tandis que, dans les milieux plus démunis, elles n’atteignent pas les populations concernées, notamment les jeunes.
Conséquences : les inégalités de survie face à la maladie se sont accrues. « Alors qu’il y a plus de cas de cancer du sein chez les femmes cadres, la mortalité est plus faible dans cette catégorie socioprofessionnelle, car ces femmes se font mieux surveiller, donc mieux soigner », informe le quotidien Libération.
Pour travailler à des messages plus efficaces, près de 600 personnes (professionnels de santé, associations de patients, décideurs, chercheurs…) participeront au troisième plan cancer, de 2014 à 2018, dont l’objectif est de réduire les inégalités. Mais « cela ne relève pas que des professionnels de santé », note Agnès Buzyn dans Le Point. Pour elle, cela ne fonctionnera que si l’on attaque toutes les formes d’inégalités en même temps. Elle appelle donc le ministère de l’Education nationale, le ministère du Travail et les agences régionales de santé à s’impliquer.

Un retour à l’emploi parfois difficile

L’accès à la prévention et au dépistage du cancer ne sont pas les seuls points sur lesquels les Français sont inégaux. Dans la gestion de l’« après-cancer » aussi il y a une différence selon la catégorie socioprofessionnelle concernée. Ainsi, « plus l’emploi est précaire, plus le retour au travail sera difficile ». Chez les agriculteurs, par exemple : après un cancer, ils sont 45 % seulement à avoir repris leur activité, contre 74 % chez les cadres. L’inégalité sous toutes ses formes sera donc au centre de ce plan cancer, qui devra en outre préparer la France « aux nouveaux enjeux liés aux progrès médicaux ».

Sources
- « Le nouveau plan cancer veut réduire les inégalités », Lefigaro.fr, 4 décembre 2012.
- « Les inégalités sociales, facteur aggravant du cancer », Liberation.fr, 4 décembre 2012.
- « Cancer : les inégalités sociales se creusent », Lepoint.fr, 3 décembre 2012.
- « Un troisième plan cancer sera lancé pour lutter contre les inégalités face à la maladie », Lemonde.fr, 4 décembre 2012.

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