Cancer : les médecins dénoncent la flambée des prix des médicaments

, par  Delphine Delarue

Dans un appel publié le 15 mars dans « Le Figaro », les grands noms de la cancérologie française dénoncent le coût des nouvelles thérapies anticancéreuses et s’inquiètent des risques sur la prise en charge des malades.

Ils ont décidé de tirer la sonnette d’alarme. A l’instar de leurs confrères américains l’an passé, 110 cancérologues français viennent, en cette Semaine nationale de lutte contre le cancer, de lancer un appel contre le prix des médicaments utilisés dans les nouvelles thérapies anticancéreuses (immunothérapie, thérapies ciblées). Publié dans Le Figaro du 15 mars, le texte, rédigé par Dominique Maraninchi, ex-directeur de l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) et ancien président de l’Institut national du cancer (Inca), et par Jean-Paul Vernant, professeur réputé d’hématologie, dénonce le « coût d’abord croissant et maintenant exorbitant de ces innovations ».
Aux Etats-Unis, les « dizaines de millions d’Américains qui ne bénéficient ni d’une aide de l’Etat ni d’une assurance santé personnelle ne peuvent déjà plus profiter de ces progrès thérapeutiques », expliquent les deux auteurs. Rappelons que ces médicaments permettent une meilleure qualité de vie et une survie largement améliorée. Seulement, certains traitements sont passés de 10 000 à 120 000 dollars par an et par patient en une quinzaine d’années. Et, même lorsque la personne est assurée, son reste à charge peut grimper jusqu’à « 25 000 à 30 000 dollars » annuels, soit « la moitié du revenu moyen des ménages » américains.

« Des menaces réelles sur l’équité d’accès aux traitements »

Si, jusqu’à présent, le régime français de Sécurité sociale met les patients à l’abri, les 110 cancérologues se demandent pour combien de temps encore : «  […] Des menaces réelles pèsent sur l’équité d’accès […] aux traitements innovants des cancers, comme sur la pérennité de notre système de santé solidaire », déclarent-ils. Au Royaume-Uni, par exemple, certains traitements jugés trop couteux ont été déremboursés.
Pourquoi une telle inflation des prix ? Pendant longtemps, l’industrie pharmaceutique a fixé les tarifs des médicaments qu’elle produit en fonction de ses investissements en recherche et développement (R&D). « Or, précisent les médecins, aujourd’hui, de façon paradoxale, les prix des nouveaux produits explosent alors que le coût de leur R&D a diminué. » Les nouvelles molécules qui sont commercialisées visent des « cibles définies a priori, et le plus souvent fournies par la recherche publique ». En outre, les autorisations de mise sur le marché pour ce type de médicaments sont délivrées très rapidement et le temps consacré au développement est donc beaucoup plus court. En réalité, si les prix grimpent, ce n’est plus pour compenser la R&D, mais parce que les tarifs « sont déterminés par l’idée que les industriels se font de ce que les marchés sont capables de supporter. Cela explique les écarts de prix très importants observés d’un pays à l’autre ». En clair, pour les cancérologues, l’explication à la flambée des prix est simple : il s’agit de l’optimisation maximum des gains cultivée par l’industrie du médicament.

Pour un « système d’arbitrage des prix plus démocratique et transparent »

Face aux risques d’une telle politique sur l’accès aux traitements pour les malades, l’appel demande aux autorités sanitaires de « définir un juste prix pour les médicaments du cancer, basé sur les sommes investies par les industriels pour la R&D du produit […], auquel s’ajouterait un retour sur investissement raisonnable, éventuellement défini a priori ». Ils réclament également la mise en place d’un « système d’arbitrage des prix plus démocratique et transparent » et la fin des extensions de durée des brevets « que la rapidité du développement des nouvelles thérapeutiques ne justifie pas » et, enfin, comme c’est le cas pour les traitements du sida, « l’utilisation de licences obligatoires pour les pays en développement, qui leur permette la production et l’utilisation de génériques avant même que les brevets ne tombent dans le domaine public ».

Sources
- « L’appel de 110 cancérologues contre le coût des traitements », Le Figaro, 15 mars 2016.
- « L’urgence de maîtriser les prix des nouveaux médicaments contre le cancer », Dominique Maraninchi et Jean-Paul Vernant, Le Figaro, 15 mars 2016.

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