2 questions à Etienne Caniard, président de la Fondation de l’avenir et membre du collège de la Haute Autorité de santé (HAS)

, par  Suzanne Kestenberg

La médecine prédictive et les progrès thérapeutiques vont engendrer des dépenses importantes. L’accès à ces nouvelles interventions sera–t-il possible pour tous ?
Avant de se poser la question du coût du progrès médical, il est urgent de réfléchir aux conséquences de ces progrès sur notre représentation de la médecine. Le modèle qui associait une maladie à une cause et à un traitement est derrière nous. L’accès au séquençage du génome humain, l’apparition de nouveaux marqueurs vont permettre de disposer de nombreuses informations qui n’entraîneront pas forcément de prise en charge. Comment saurons-nous gérer cette nouvelle demande ? Le débat existe déjà autour du dépistage du cancer de la prostate. Si nous dépistons systématiquement, saurons-nous faire comprendre que, face à de petites lésions, il vaut mieux parfois surveiller sans intervenir ou ne risque-t-on pas au contraire de « surtraiter », avec des effets secondaires importants et sans bénéfice évident en termes de mortalité ? L’un des effets du progrès médical est de vivre plus vieux, mais souvent avec des maladies chroniques. Cela signifie qu’il faut accepter que l’objectif de la prise en charge ne soit pas forcément la guérison, mais l’accompagnement, l’apprentissage de la vie avec un certain nombre de handicaps.

Nous avons un peu évolué en matière de prévention, depuis que nous y sommes encouragés par des campagnes de santé publique : arrêter de fumer, manger moins salé et moins sucré, bouger plus, etc.
Nous sommes passés d’une logique de prévention assez limitée à la chasse aux risques tous azimuts. Nous avons donc multiplié le nombre de conduites à risque à prévenir. Nous avons atteint aujourd’hui une limite en ce domaine, dans la mesure où la prévention s’assimile à la nécessité de modifier nos comportements individuels. Du coup, la maladie est de moins en moins perçue comme une fatalité, mais comme la seule conséquence de nos comportements. Attention, cela pourrait faire glisser notre mode de prise en charge. La notion de solidarité qui s’imposait quand la maladie était considérée comme une fatalité ne va-t-elle pas être remplacée par la seule responsabilisation individuelle ?

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