La surdité et ses remèdes

, par  Patricia Riveccio

La déficience auditive, qui touche plus de 4 millions de personnes en France, peut survenir à tout âge, de façon brutale ou progressive. Or mal entendre, c’est mal comprendre, avec à la clé des difficultés à communiquer pouvant aboutir à l’isolement et au repli sur soi. Que la surdité soit légère, modérée ou profonde, il est donc essentiel de la dépister et de la prendre en charge le plus tôt possible, d’autant qu’il existe aujourd’hui plusieurs types de traitement – médical, chirurgical, prothétique, orthophonique... – en fonction de la pathologie et du degré de handicap.

On estime à 6,6 % de la population française, soit 4,09 millions, le nombre de personnes souffrant d’un déficit auditif*, dont 88 % devenus sourds ou malentendants au cours de leur vie, et à environ 500 000 celui des personnes atteintes de déficience auditive sévère. Des chiffres qui ne peuvent aller qu’en augmentant, avec l’allongement de l’espérance de vie – les capacités auditives diminuent vers la soixantaine –, mais aussi avec les risques encourus par les jeunes, en raison d’une écoute abusive des baladeurs, et avec la trop grande consommation de médicaments ototoxiques (comme certains antibiotiques, en particulier les aminoglycosides), qui ont un impact négatif sur la santé de l’oreille. La perte auditive est, par conséquent, un véritable enjeu de société. Si entendre, ce n’est pas la même chose que comprendre, mal entendre, c’est mal comprendre. C’est aussi le début d’un isolement social qui risque de s’aggraver en l’absence de prise en charge adaptée.
Le déficit auditif s’évalue selon une échelle exprimée en décibels (dB) et allant de 0 à 130 dB. On parle de perte d’audition lorsqu’une personne n’est pas capable d’entendre aussi bien qu’une autre ayant une audition normale (soit de 0 à 20 dB sur l’échelle), et cette perte peut être définie comme légère (entre 20 et 40 dB), moyenne (entre 40 et 70 dB), sévère (70 et 90 dB) ou profonde (au-delà de 90 dB). Lorsqu’elle dépasse les 70 dB, le développement du langage est affecté.

Différents types de surdité

On distingue deux grands types de surdité.
 > La surdité de transmission : « Elle touche le canal auditif externe, le tympan, l’oreille moyenne dans son ensemble, bref, tout ce qui concerne la transmission du bruit », explique le docteur Christine Poncet, médecin ORL à l’hôpital Rothschild, à Paris. Les sons proviennent de la transmission de vibrations transportées par les molécules de l’air. Ces vibrations arrivent de l’oreille externe à l’oreille interne, là où se trouvent trois osselets, le marteau, l’enclume et l’étrier, autrement dit la chaîne ossiculaire qui relie le tympan à la fenêtre ovale. C’est là que vont se faire la perception et la retranscription du phénomène mécanique en signaux électriques qui seront acheminés vers le cerveau.
• Les causes : « A partir du moment où une perturbation empêche les molécules de l’air d’avancer et de frapper le tympan, il y a surdité de transmission », résume le docteur Poncet. Il peut s’agir d’un simple bouchon de cérumen, mais à cette catégorie appartiennent aussi les surdités transitoires dues à une otite, à un tympan perforé ou à une accumulation de liquide derrière le tympan en cas de rhume, ainsi que les surdités permanentes dues à un blocage ou à une lésion des osselets.
• Les remèdes : le bouchon de cérumen se retire (consultez un médecin ORL). Quant à l’otite, bien qu’elle provoque une surdité parfaitement réversible, elle n’est pas négligeable, puisqu’elle peut faire perdre jusqu’à plus de 40 % de l’audition de l’enfant, ce qui est d’autant plus important qu’elle survient souvent à la crèche ou à l’école maternelle, au moment de l’apprentissage du langage. « Les otites séromuqueuses sont traitées par anti-inflammatoires et, comme pour les otites moyennes récidivantes, la pose d’un aérateur trans-tympanique (ou diabolo, NDLR) peut être nécessaire, ainsi qu’une ablation des végétations, précise le docteur Poncet. En cas d’échec des traitements, il sera possible de remédier à la perte auditive par l’utilisation de prothèses. »
 > La surdité de perception : dans ce cas, la transmission du son se fait de manière correcte, mais la perception, elle, est défectueuse. Une fois que les vibrations sont parvenues à l’oreille interne, elles sont prises en charge par la cochlée, une spirale composée de 16 000 cellules ciliées. Celles-ci ont pour mission de décoder les fréquences aiguës du son lorsqu’elles sont situées près de l’entrée de la cochlée, les fréquences moyennes lorsqu’elles sont un peu plus loin et les fréquences graves pour les plus éloignées. Toutes sont là pour transformer la mécanique en signal électrique. « A l’image de notre capital solaire, nous avons un capital “cellules ciliées” : parce que celles-ci ne se renouvellent pas, il est impératif de les préserver, souligne le docteur Poncet. Leur destruction, brutale ou progressive selon le facteur en cause, s’accompagne en effet d’un déficit auditif irrémédiable. »
• Les causes : cette surdité est plus complexe, car l’atteinte, sensorielle ou nerveuse, peut survenir en cas de presbyacousie – la perte progressive de l’audition due à l’âge –, de traumatisme sonore (boîte de nuit, concert, utilisation d’un outil bruyant sans bouchons d’oreille...) ou encore de maladie congénitale chez les sujets les plus jeunes.
• Les remèdes : si la surdité est liée à un choc traumatique, il faut se rendre en urgence, dans les vingt-quatre heures (après trois jours, les chances de récupération sont plus faibles), chez un médecin ORL, qui prescrira un traitement permettant de « réparer » au moins partiellement le traumatisme.
Dans les autres cas, il n’y a pas de remède hors appareillage. Lorsque les limites d’efficacité de l’aide auditive sont atteintes et qu’elle devient donc inutile, on envisage la pose d’un implant cochléaire. Chez l’enfant, l’implantation se fait de plus en plus précocement, avant l’âge de 2 ans. Par ailleurs, la rééducation orthophonique est impérative chez l’enfant sourd et après une implantation, mais elle est aussi indiquée en cas de surdité survenue brutalement et chez les patients rencontrant des difficultés d’appareillage ou encore pour améliorer la voix du malentendant.
A ces types de surdité, on ajoute celle dite mixte, qui associe les deux précédentes et peut être la conséquence d’une infection chronique ayant détruit le tympan et les osselets tout en altérant les liquides de l’oreille interne, ainsi que les surdités profondes et totales, qui entraînent un énorme handicap éducatif, social et professionnel.
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Le diagnostic

Les premiers « tests » d’audition sont réalisés par la personne malentendante elle-même ou par son entourage : a-t-elle tendance à augmenter le son de la télévision ? a-t-elle l’impression que les gens marmonnent ?... Une mauvaise perception des sons doit alerter et conduire à rapidement consulter un médecin ORL. Celui-ci mènera un certain nombre d’investigations, afin de préciser la cause et le degré de la perte auditive. Un interrogatoire – date et circonstances de l’apparition de la baisse auditive, prises médicamenteuses éventuelles, présence d’acouphènes, de vertiges ou de céphalées, antécédents ORL, familiaux... – sera suivi d’un examen du tympan (otoscopie). Puis viendra l’audiogramme, « l’examen clé » selon le docteur Poncet : « C’est un test subjectif, qui demande la participation du patient, explique la spécialiste. Le “mot” est très important, on fait donc entendre des sons au patient et on lui fait répéter des mots, la plainte première étant la gêne auditive dans un environnement bruyant – c’est ce que l’on appelle l’effet “cocktail party”. Petit à petit, cette gêne devient un “mal à entendre”. Or, une personne qui devient sourde progressivement développe des stratégies de communication de façon spontanée et peut avoir une excellente lecture labiale. C’est le fameux “Papy entend ce qu’il veut”. Non, Papy entend ce qu’il peut ! »
Autre test, objectif celui-ci, l’examen des potentiels évoqués auditifs automatisés (PEAA). Le patient est muni d’un casque et d’électrodes, puis on envoie des sons et on analyse le fonctionnement des voies nerveuses auditives de l’oreille et du cerveau. Enfin, les otoémissions acoustiques provoquées (OEAP) sont utilisées notamment chez les nouveau-nés. Le test consiste alors à enregistrer l’activité spontanée de l’oreille grâce à une petite sonde placée dans le conduit auditif externe.

Réussir l’appareillage

Après la consultation ORL et s’il y a bien déficience auditive, vient la visite chez l’audioprothésiste. Avec celui-ci, le malentendant franchira plusieurs étapes essentielles pour réussir son appareillage.
> Le premier entretien : « L’aspect psychologique de l’appareillage est très important, explique Jean-Philippe Emard, audioprothésiste mutualiste à Agen. Si la personne qui vient me voir n’est pas motivée, l’échec est presque assuré. Il faut donc la rassurer, lui expliquer ce qu’est une aide auditive et les bénéfices qu’elle peut en retirer. L’écoute est également indispensable, pour me permettre de mieux connaître le mode de vie de la personne – travaille-t-elle, quelle est sa vie sociale, quels sont ses loisirs ?... –, afin de pouvoir lui proposer un appareillage parfaitement adapté à ses besoins. Il est essentiel, enfin, de lui faire comprendre que l’appareillage auditif reste un dispositif artificiel, avec ses avantages et ses inconvénients – comme les lunettes quand il pleut. » On ne peut pas, en effet, tout résoudre : l’audioprothésiste utilise ce qui reste d’audition, corrige au maximum, mais quand la surdité est très importante, il ne la rendra pas parfaite à 100 %.
« Une fois tous les examens terminés, je procède à une simulation d’appareillage, poursuit l’audioprothésiste. Je présente au patient différentes propositions adaptées à son cas : contour d’oreille, intra-auriculaire..., et j’établis un devis normalisé, uniquement sur prescription médicale, c’est-à-dire après que la personne a consulté un ORL. Enfin, je procède à la prise d’empreinte. »
> L’adaptation et le suivi : la période d’essai se fait sur un mois, avec des rendez-vous réguliers pour des mises au point. « Mais il faut plusieurs semaines, voire plusieurs mois pour “intégrer” totalement son appareil auditif, ajoute Jean-Philippe Emard. En fait, tout dépend si la personne est restée malentendante longtemps ou pas : une surdité ancienne non traitée n’a plus de mémoire auditive et l’adaptation prendra alors plus de temps. » La durée moyenne d’un appareil auditif est de cinq ans, pendant lesquels l’audioprothésiste assure un suivi régulier (conseils, entretien, contrôles...).
> Les aides complémentaires : aujourd’hui, les appareils sont tous compatibles avec le Bluetooth. Ce système permet, à l’aide d’un boîtier, de décrocher son téléphone sans se déplacer ou de recevoir directement dans son appareil le son de la télévision corrigé – ce que ne permet pas un casque. Autre intérêt, le malentendant n’est pas coupé du monde : les micros étant toujours actifs, il sait ce qui se passe autour de lui. « Mais, pendant la période d’adaptation, je demande au patient de se concentrer sur la simple utilisation de son appareil auditif, le reste viendra plus tard », insiste l’audioprothésiste. Il existe aussi des alarmes de porte, des réveils vibrants... Quant à la boucle magnétique – un système qui permet de transmettre, au moyen d’un champ magnétique créé par un fil-antenne placé tout autour d’une pièce (la « boucle »), un signal acoustique sans distorsion directement dans les appareils de correction auditive –, elle est surtout intéressante dans les salles de spectacle ou de conférence, les cinémas et les musées.
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Dépister et intervenir précocement

Le dépistage et l’intervention précoces sont les facteurs les plus importants pour réduire au mieux l’impact de la perte d’audition et privilégier la qualité de vie. Etonnamment, selon une enquête Opinion Way réalisée en novembre 2011, les Français se préoccupent deux fois moins de leur audition que de leur vue. Plus de six personnes sur dix (55 % des 45-55 ans et 80 % des 75 ans et plus) éprouvent au moins deux gênes réelles (elles font souvent répéter et ont des difficultés à suivre une conversation dans un environnement bruyant), mais sur cinq personnes déclarant mal entendre une seule est appareillée. « Il ne faut pas avoir peur de l’appareil auditif, ce n’est pas pire que les lunettes, rassure Jean-Philippe Emard. L’ex-président Clinton a tout autant de charme avec l’aide auditive qu’il porte depuis ses 51 ans ! » Les enfants, eux, adoptent vite cette solution, mais à l’adolescence, l’appareillage devient plus compliqué à cause du regard des autres. Pourtant, les aides auditives n’ont plus rien à voir avec les prothèses d’autrefois, énormes et sifflantes : les progrès de la technologie numérique les rendent discrètes et performantes. Reste leur coût, très peu remboursé par l’Assurance maladie : aux dires des personnes interrogées, c’est le premier frein à l’appareillage. Enfin, les réticences trouvent leur origine dans la peur de « faire vieux ». En réalité, ce qui « fait vieux », c’est de faire répéter.

* Source : ministère des Affaires sociales et de la Santé, « Plan 2010-2012 en faveur des personnes sourdes ou malentendantes ».

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